‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 110 sur 360 · THÉORIE ET CARACTÈRE GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

THÉORIE ET CARACTÈRE GÉNÉRAL

langage et de ses actions. Mais ce monde est celui de la Régence; n'y a-t-il point là un danger pour la morale? Le peintre sera vrai avec décence; il ne lui viendra dans l'esprit « ni rien de malin, ni rien de trop libre », car il « hait tout ce qui s'écarte des bonnes mœurs * ».

Telles sont, en résumé, les théories littéraires de Marivaux : observer à sa manière, le mieux qu'il pourra, suivant la direction naturelle de son coup d'œil. Mais, ainsi réduit à ses seules forces, ne va-t-il point se tromper? Il en court volontiers le risque. On l'accusera peut-être d'être « singulier »,, comme il disait tout à l'heure; il en prend aisément son parti, non sans un peu de suffisance : « Avec ce génie-là, on est nécessairement singulier, et d'un singulier très rare *. »

Il est naturel que cette tendance à l'observation directe, que ce désir de découvrir le vrai sous les. apparences qui le voilent, s'unissent à une rare clairvoyance, à une singulière aptitude pour démêler les infiniment petits de l'esprit et du cœur. Nos qualités, en effet, naissent les unes des autres. De là, chez Marivaux, le goût de l'analyse, le besoin de philosopher sur les menues lois de la raison et du sentiment. Or, ce curieux d'analyse et de philosophie est un homme aimable et bon, indulgent aux faiblesses de notre nature, sans amertume ni parti-pris de dénigrement. Il est aussi causeur spirituel; il aime la raillerie délicate, les plaisirs de l'esprit qui font le charme d'une société raffinée, où les sentiments, plus vifs que passionnés, sans exagération ni violence, se revêtent de grâce délicate et d'ingénieuse

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