MARIVAUX ET MUSSET
qu'on les remue pour se remuer l. » Il faut donc souffrir, puisque l'amour et la souffrance sont inséparables, et bénir cette blessure qui ne doit se fermer que pour se rouvrir bientôt. Il y a du don Juan dans cette singulière figure de Lélio, non pas du don Juan de Molière, mais de celui de Byron et d'Alfred de Musset 9. Lélio, en effet, ne pousse pas des cris de désespoir, cela n'est pas de son temps, mais son sou* rire n'est pas sans amertume; avant la fin du siècle, il s'appellera Werther; plus près de nous, il sera le poète des Nuits. Que l'on relise, par exemple, la Nuit d 'octobre : c'est l'admirable développement du thème éternel qu'effleure Lélio. Bien des strophes aussi, dans la Nuit de décembre, reviennent à la mémoire quand on lit la scène de la Surprise de V Amour, dans laquelle Arlequin et son maître exhalent leur plainte, chacun à sa manière. A la fin de la pièce, ou même dès le début, Lélio pourrait, comme le poète, s'écrier au souvenir de l'infidèle :
Partez, partez, et dans ce cœur de glace
Emportez l'orgueil satisfait.
Je sens en cor le mien jeune et vivace, Et bien des maux pourront y trouver place
Sur le mal que vous avez fait.
Certes, la pensée n'est pas nouvelle; sans parler des poètes de l'anthologie grecque et de ces lyriques ioniens dont les fragments exhalent encore une flamme brûlante, les élégiaques latins l'ont exprimée en vers immortels. Mais on ne saurait nier que le sentiment de la souffrance causée par l'infidélité et de la passion toujours renaissante n'ait trouvé chez les modernes une expression plus variée, plus