‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 127 sur 360 · Namouna, chant II · texte numérisé non relu

Namouna, chant II

profonde, plus sincère aussi, malgré ses exagérations déclamatoires. Or, dans le passage dont il s'agit, et dans plusieurs autres» de son théâtre, Marivaux devance cette expression : son Lélio est à la fois, comme tant de fils du romantisme, ironique et ému, railleur et passionné, chérissant sa souffrance et puisant en elle une nouvelle force pour aimer et souffrir encore.

Après Lélio, voici le marquis du Legs, timide, presque rougissant, qui ose à peine s'avouer son amour à lui-même, et qui, jeune homme à l'époque de la Régence, tremble devant une déclaration. S'attendrait-on à trouver ainsi, toutes différences gardées, l'amour de Daphnis chez un marquis de Marivaux *?

Après l'amour timide, l'amour audacieux, qui s'attaque au plus fort de tous les anciens préjugés, celui de la naissance, et donne au roturier Dorante assez de hardiesse pour demander et obtenir, « par droit de conquête », la main de la noble et fière Angélique *. Amour moderne, comme celui de Lélio, bien que tout différent.

Marivaux en offre un plus moderne encore, celui de l'intendant d'Araminte, bien né, mais pauvre, de condition très subalterne, mais de sentiments supé-

1. Les critiques du xvm0 siècle faisaient, selon Cailhava, au marquis du Legs une critique bien cherchée. Us lui reprochaient d'avoir « vingt ans de trop », sous prétexte * que la timidité n'est ordinairement que le partage des jeunes gens, qui, peu instruits des usages du monde, craignent de déplaire à une femme en lui disant qu'ils l'aiment; ou des vieillards, qui, assez raisonnables pour comprendre que l'amour est un sentiment ridicule, n'osent pas l'avouer. » (L'Art de la Comédie, 1. 1, p. 51.) Cailhava réfute ce reproche par d'assez bons arguments, quoique délayés et pédantesques. On peut dire simplement que la timidité, surtout en matière amoureuse, se rencontre à tout âge.

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