‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 143 sur 360 · L'Épreuve, scène i · texte numérisé non relu

L'Épreuve, scène i

une fois; je ne songeais pas à vous, et si je l'avais pu, il ne m'en aurait pas plus coûté de vous crier : Ne venez pas 1 que de vous dire : Allez-vous-en * ! » C'est Lucidor qu'elle aime, malgré l'espèce d'intérêt presque insultant qu'il lui témoigne ; jamais elle n'a eu à rougir d'un calcul intéressé et son amant ne peut plus en douter après les deux scènes touchantes où elle laisse voir la pureté candide de son âme \

De tels caractères, Araminte, Sylvia, Angélique, sont d'un charme délicieux : ils montrent enfin l'amour vrai à la place de la coquetterie, la tendresse fidèle et la simple franchise à la place de l'inconstance et des petites perfidies. Ces jeunes veuves, qui ne sont plus naïves, mais qui sont toujours sincères, ces jeunes filles pures et franches reposent des coquettes minaudières. Le sentiment prend sa revanche sur la raison qui l'avait chassé de l'amour; la tête seule jouait un rôle, le cœur est enfin de la partie. C'est en vain que l'éducation mondaine avait tout fait pour restreindre chez ces jeunes femmes la part du naturel; enfin victorieux, il reparaît et l'emporte; un souffle d'amour vrai s'élève, comme une brise rafraîchissante, dans ces oasis du théâtre de Marivaux.

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