Les Fausses Confidences, acte III, scène un. — Le mot, a
On a vu dans Molière des valets habiles, mais c'étaient des vauriens sans scrupules, dont le talent consistait surtout à dépouiller des pères trop avares : Dubois, au contraire, est un homme qui n'emploie que des moyens avouables, et qui ruse, non pas avec un barbon facile à duper, mais avec une jeune femme, plus fine, sinon plus clairvoyante.
Trivelin devance et fait pressentir Figaro, l'incarnation la plus complète et le type définitif de la race i . Intrigant, hardi, sauvant son cynisme à force d'esprit, se vengeant par l'ironie des injustices du sort et de l'inégalité sociale, dont il est une victime, car son esprit est supérieur à sa condition, Trivelin raconte ses malheurs dans une tirade étincelante de verve :
Depuis quinze ans que je roule dans le monde, tu sais combien je me suis tourmenté, combien j'ai fait d'efforts pour arriver à un état fixe. J'avais entendu dire que les scrupules nuisaient à la fortune ; je fis trêve avec les miens, pour n'avoir rien à me reprocher. Était-il question d'avoir de l'honneur? j'en avais. Fallait-il être fourbe? j'en soupirais, mais j'allais mon train. Je me suis vu quelquefois à mon aise, mais le moyen d'y rester avec le jeu, le vin et les femmes? Gomment se mettre à l'abri de ces fléaux-là?... Tantôt maître, tantôt valet; toujours industrieux; ami des fripons par intérêt, ami des honnêtes gens par goût; traité po-
semblé trop vif pour les spectateurs d'aujourd'hui, et, quoiqu'il résume toute la pièce, la Comédie-Française Ta supprimé dans une récente reprise (5 mars 1881). La toile tombe sur le mot d'Araminte : « Laissons passer sa colère (de Mme Argante) et finissons. »
1. Voir Marc-Monnier, les Aïeux de Figaro. L'auteur de ce spirituel ouvrage passe en revue toutes les incarnations du valet dans la comédie ancienne et moderne; il a un chapitre sur ceux de Marivaux (xi, pages 251 à 266), mais il ne fait pas môme allusion à Trivelin et à sa tirade. L. de Loménie, traitant plus brièvement le même sujet (Beaumarchais et son temps, ch. xxviii, Du valet de comédie depuis V esclave de la comédie antique jusqu'à Figaro, t. Il, pages 349 à 365), passe entièrement Marivaux sous silence.