‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 147 sur 360 · MARIVAUX ET BEAUMARCHAIS · texte numérisé non relu

MARIVAUX ET BEAUMARCHAIS

liment sous une figure, menacé d'étrivières sous une autre*, changeant à propos de métier, d'habit, de caractère, de mœurs; risquant beaucoup, résistant peu; libertin dans le fond, réglé dans la forme; démasqué par les uns, soupçonné par les autres, à la fin équivoque à tout le monde, j'ai tàté de tout. Je dois partout. Mes créanciers sont de deux espèces : les uns ne savent pas que je leur dois ; les autres le savent et le sauront longtemps. J'ai logé partout, sur le pavé, chez l'aubergiste, au cabaret, chez le bourgeois, chez l'homme de qualité, chez moi, chez la justice, qui m'a souvent recueilli dans mes malheurs; mais ses appartements sont trop tristes et je n'y faisais que des retraites. Enfin, mon ami,- après quinze ans de soins, de travaux et de peines, ce malheureux paquet est tout ce qui me reste; voilà ce que le monde m'a laissé. L'ingrat! après ce que j'ai fait pour lui *.

Ne croirait-on pas entendre tle barbier de Séville, avec moins d'amertume et de mordant, mais avec le même fonds d'idées, presque les mêmes expressions? Ou même, ne semble-t-il pas que Beaumarchais se soit inspiré de Marivaux? On le croirait, car Trivelin est créé et Figaro n'est plus aussi original pour qui connaît Trivelin. Sainte-Beuve disait de Beaumarchais : « En mêlant au vieil esprit gaulois les goûts du moment, un peu de Rabelais et de Voltaire, en y jetant un léger déguisement espagnol et quelques rayons du soleil de l'Andalousie,... il a redonné cours à toutes sortes de vérités d'expérience ou de vieilles satires en les rajeunissant *. » A ces éléments divers, nous pouvons ajouter l'imitation directe d'une des pièces de Marivaux les moins applaudies au début, par suite les moins connues en 1775 et en 1785 '.

i. La Fausse Suivante, acte I, scène i. — Le mérite original de cette tirade n'avait point échappé à l'abbé de La Porte, qui la signale dans son étude sur le théâtre de Marivaux (l'Observateur littéraire, t. I, p. 88-89).

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