Le Tartufe^ acte I, scène i et u
charge : « Il est jeune, dit son père; il a fait une faute, il n'y a rien d'étonnant et je la lui pardonne pourvu qu'il la sente; c'est ce qui décidera de son caractère '. » Damon cependant se prépare à perdre de la même manière le reste de son argent. Que fait le père? Il prend, dans un bal masqué, le costume du chevalier fripon, joue contre son fils, lui gagne tout, et se démasquant après lui avoir donné ainsi la meilleure des leçons : « J'oublie tout, mon fils; si cette scène-ci vous corrige, ne craignez rien de ma colère. Je vous connais et ne veux vous punir de vos fautes qu'en vous donnant de nouveaux témoignages de ma tendresse; ils feront plus d'effet sur votre cœur que mes reproches *. » M. Damis se trouve tout à coup, à l'égard de son fils, dans la plus délicate et la plus pénible situation : il est, comme Harpagon, son rival en amour. Mais, tandis qu'Harpagon ne recule pas devant cette odieuse rivalité, M. Damis s'empresse d'oublier une passion qui n'était que ridicule et qui va devenir coupable; il s'empresse de demander luimême pour son fils la main d'Angélique 8. Les pères de Marivaux se fâchent quelquefois, mais pas pour longtemps : l'un d'eux, dans un accès de colère, va jusqu'à la menace consacrée ; il dit en parlant de son fils : « Je ne veux le voir de ma vie; je le déshérite! » — « Eh! eh! répond en riant le valet Frontin, je remarque que ce n'est qu'en baissant le ton que vous prononcez le terrible mot de deshériter; vous en êtes effrayé vous-même 4. »