‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 155 sur 360 · L'Ecole des Mères, scène xix · texte numérisé non relu

L'Ecole des Mères, scène xix

4. Les Serments indiscrets, acte III, scène iv. — Pour trouver au théâtre des pères semblables à ceux de Marivaux, d'une fermeté tempérée d'indulgence et d'adresse, c'est encore à Ménandre qu'il faudrait remonter. Voir à ce sujet Gh. Benoît,

les mères; LEUR RUDESSE. 225

Ils ne méritent qu'un reproche ces pères si aimables, c'est de pousser parfois l.a bonté trop loin ; il arrive que leurs filles en abusent et leur manquent de respect. Dans une scène de folie simulée, qui rappelle la plus joyeuse fantaisie de Regnard l, M. Argante poussé à bout par les extravagances voulues de sa fille s'écrie : « Je vous montrerai que je suis votre père I » Et Mlle Argante de répondre : « Je n'en ai jamais douté; je vous dispense de la preuve, tranquillisez-vous f. » Ici Marivaux a forcé le ton; la plaisanterie est tout à fait choquante chez une jeune fille.

Mais, si Marivaux a représenté les pères toujours bons, parfois débonnaires, comme il s'est dédommagé avec les mères! Celles-ci sont presque toutes grondeuses et revêches, cupides et vaines. Sous le nom commun de Mme Argante, elles tiennent plutôt de la caricature que de l'observation; comme le traître dans les mélodrames modernes, elles semblent uniquement destinées à faire valoir les qualités aimables des autres personnages et à rendre leurs filles encore plus sympathiques. Quant à, leurs maris, il n'en est pas question ; elles sont veuves, comme si un homme n'avait d'autre sort possible avec elles que de mourir au plus tôt. Dans les Fausses Confidences, Mme Argante n'a conservé de relations avec sa fille, désormais maîtresse d'elle-même, que pour la tracasser et lui jeter à la tête le triste et plaintif comte Dorimont, & qui la qualité doit tenir lieu de tout. Dans VÊcole des Mères, elle réussit à mériter l'aversion de sa fille, et jamais l'autorité maternelle ne parla plus aigre langage que par la bouche de

Essai sur la comédie de Ménandre, chap. v, p. 57 et suiv., et G. Guizot, Ménandre, chap. vu, p. 29 et suiv.

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