‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 186 sur 360 · Voir, ci-après, 4* partie, chap. i et il · texte numérisé non relu

Voir, ci-après, 4* partie, chap. i et il

4. Ces idées de Marivaux sur les femmes étaient celles des salons qu'il fréquentait. Il puisa certainement chez Mme de Lambert une partie des théories qu'il développe dans la Nouvelle Colonie. Celle-ci (1729) n'est antérieure que de quelques années aux Réflexions sur les Femmes, publiées en 1732, dans lesquelles la marquise, reprochant hardiment a Molière le ridicule jeté sur les femmes savantes, défend celles qui, par goût, ou môme par un orgueil qui n'est que le sentiment d'une juste égalité, ne craignent pas de cultiver encore les sciences et les lettres.

254 l'auteur dramatique.

Timagène et Arthénice, bourgeois et bourgeoises très modernes, comme M. et Mme Sorbin. Timagène et M. Sorbin sont chargés par les hommes de rédiger les lois de la colonie, mais Arthénice et Mme Sorbin trouvent l'occasion favorable pour s'insurger contre la tyrannie masculine et légiférer elles aussi. Vite une assemblée de femmes est convoquée, dans laquelle Arthénice prononce un grand discours, résumé des griefs féminins :

L'oppression dans laquelle nous vivons sous nos tyrans, pour être si ancienne, n'en est pas devenue plus raisonnable ; n'attendons pas que les hommes se corrigent d'euxmêmes; l'insuffisance de leurs lois a beau les punir de les avoir faites à leur tète et sans nous, rien ne les ramène à la justice qu'ils nous doivent, ils ont oublié qu'ils nous la refusent. Dans l'arrangement des affaires, il est décidé que nous n'avons pas le sens commun, mais tellement décidé que ça va tout seul et que nous n'en appelons pas nousmêmes.

— Eh ! que voulez-vous, répond une des femmes. On nous crie dès le berceau : vous n'êtes capables de rien, ne vous mêlez de rien, vous n'êtes bonnes à rien qu'à être sages; on l'a dit à nos mères qui l'ont cru, qui nous le répètent; on a les oreilles rebattues de ces mauvais propos; nous sommes douces, la paresse s'en mêle, on nous mène comme des moutons.

Arthénice reprend; elle fait l'éloge de la beauté des femmes, leur première et incontestable supériorité, puis :

Venons à l'esprit, et voyez combien le nôtre a paru redoutable à nos tyrans; jugez-en par les précautions qu'ils ont prises pour l'étouffer, pour nous empêcher d'en faire usage; c'est à filer, c'est à la quenouille, c'est à l'économie de leurs maisons, c'est au misérable tracas d'un ménage que ces messieurs nous condamnent. Ou bien, c'est à savoir prononcer sur des ajustements, c'est à les réjouir dans leurs soupers, c'est à leur inspirer d'agréables passions, c'est à régner dans des bagatelles» c'est à n'être nous-

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