MARIVAUX ET RICHARDS ON
accorder « son agréable conversation, pour une ou deux de ces heures qu'elle regardera comme les plus douces de sa vie, et où il aura l'indulgence d'écouter toutes les tendres folies qu'un cœur plein de ses bontés pourra lui inspirer dans ses épanchements * . »
La cause capitale de différences si profondes dans des situations souvent semblables est dans celles du caractère anglais et du caractère français : pour l'Angleterre et pour la France, les deux livres marquent chacun une date dans l'histoire des mœurs. La femme française du xvme siècle était avant tout élevée par le monde et pour lui; elle ne manquait pas toujours de qualités solides, mais elle avait surtout des qualités aimables; la femme anglaise était élevée pour la vie intime, pour l'ornement et la joie du foyer domestique; son charme était discret. Certes, l'amour pudique et rougissant de Paméla, tant de douceur, de retenue, de qualités solides sont d'un pur attrait; mais la coquetterie piquante de Marianne, ce cœur fier et tendre, cet esprit toujours en éveil, font aussi un être très séduisant. Il n'y a pas lieu de marquer une préférence; elles sont aussi vraies Tune que l'autre, et cela suffit.
Mais où la supériorité de Marivaux sur Richardson est évidente, c'est lorsqu'on compare les procédés des deux auteurs; ici l'hésitation n'est plus possible. Marianne cause longuement et avec trop de subtilité, on ne peut pas dire qu'elle disserte; elle fait des réflexions, elle ne formule pas de sentences. Paméla disserte; elle fait même des phrases; elle ne craint pas le développement dogmatique; au contraire, elle l'amène et le poursuit volontiers; elle manque souvent de mesure, ou même de goût. C'est que Marivaux