‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 217 sur 360 · Paméla, lettre x · texte numérisé non relu

Paméla, lettre x

d'amour même, laisse entendre à, l'homme de qui elle va recevoir un nom et une fortune que c'est lui qui est l'obligé : pour elle, son sexe et sa beauté la font égale à toutes les conditions, supérieure à tous les bienfaits. Paméla, au contraire, lorsque le jeune seigneur qui l'aime consent à l'épouser, exprime sa joie par des effusions d'humble reconnaissance : « Cette pauvre, pauvre sotte fille sera aujourd'hui, midi sonné, aussi bien sa femme que s'il épousait une duchesse!... Oh! le cher charmant homme1! » Un peu avant, à la veille du mariage, elle demandait à son seigneur la liberté de lui baiser la main : « Mon cœur vous est si dévoué, lui disait-elle, que ma seule crainte est de me montrer plus empressée que vous ne le souhaiteriez M » Au lendemain du mariage, l'avenir des deux jeunes femmes se présente aussi différent que leurs caractères. Marianne aimera toujours Valville, mais elle recevra des hommages; ellç sera fidèle, mais elle admettra des adorateurs, les considérant comme le cortège nécessaire de sa beauté. Tout ce que son mari peut lui demander, c'est qu'elle lui fasse honneur par son goût et son esprit, qu'elle sache présider un dîner, tenir un salon. Tout autre est l'idéal de bonheur que rêve Paméla : vénérer son mari, ne vivre que pour lui, diriger sa maison avec zèle et vigilance, l'entourer de soins, assurer son bien-être, fuir les assemblées, lui consacrer tous ses instants quand il est là, l'attendre quand il est absent, et lire « afin de polir son esprit pour se rendre plus digne de sa compagnie et de son entretien »; trop heureuse s'il veut bien « de temps à autre » lui

1. Paméla, Journal, Jeudi, à six heures du matin; passage trad. par Taine, Histoire de la littérature anglaise, t. IV, p. 107.

2. Ibid., Journal, Lundi, trad. de l'abbé Prévost, édit. de 1782, 1. 111, p. 159.

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