‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 234 sur 360 · La Vie de Marianne, dixième partie · texte numérisé non relu

La Vie de Marianne, dixième partie

fils moribond, qui rend le dernier soupir dès qu'il a reçu le pardon maternel.

Ainsi Marivaux nous fait parcourir tous les étages de la société moyenne, du petit peuple à la bourgeoisie; il nous montre les gens du commun ou des classes intermédiaires sous des aspects très divers, dans leurs joies ou leur tristesse, dans leurs petits plaisirs et dans leurs grandes douleurs, ridicules ou touchants, grossiers ou d'une délicatesse instinctive. En bien des pages aussi il a saisi le pittoresque des Scènes de la rue et la physionomie changeante des journées parisiennes. Je ne parle pas seulement des grandes scènes de genre comme la dispute de Mme Dutour et du fiacre, ou de la bagarre au milieu de laquelle Jacob met i'épée à la main; quelques lignes lui suffisent, à l'occasion, pour tracer un croquis exact et fin. Dans tous ces passages, scènes d'intérieur ou de la rue, il communique à son lecteur le vif sentiment de la poésie simple qui respire dans ces milieux. La vérité chez lui n'est jamais triviale; il est naturel sans bassesse. En cela, il se rapproche, par une parenté singulière, d'un des maîtres de la peinture de cette époque, de Chardin; il lui ressemble souvent autant qu'un romancier peut ressembler à un peintre. Dans son théâtre, il rappelait Watteau et Y Embarquement pour Cythère; dans ses romans, il fait penser à ces chefs-d'œuvre de réalisme et de poésie, la Mère laborieuse, le Bénédicité, les Amuse* ments de la vie privée, la Toilette du matin, etc. Chez tous deux, chez l'habitué du salon de Mme de Tencin comme chez l'artiste modeste qui ne sortait pas de l'humble monde où il était né, on trouve non seulement le même tour d observation, mais encore les mêmes qualités artistiques. D'abord le sentiment de la mesure et de l'élégance, le goût de la précision

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