Ibid., cinquième partie
3. On lit dans le portrait de Mme de Miran : « On ne prenait pas garde qu'elle était belle femme, mais seulement la meilleure femme du monde. Aussi, m'a-t-on dit, n'avait-elle guère fait d'amants, mais beaucoup d'amis, et même d'amies. » Et encore : « Mme de Miran avait plus de vertus morales que
romancier reprenait une habitude chère à l'hôtel de Rambouillet. On pourrait en dire autant de plusieurs des portraits qui remplissent la Vie de Marianne et le Paysan parvenu. Ils ont un caractère trop personnel, pour n'être pas des études d'après nature. En commentant les portraits du Cyrus, Victor Cousin a pu écrire une histoire de la société française au xvn° siècle; un historien de la société française au xvme siècle aurait tort de négliger h ce point de vue la Vie de Marianne et le Paysan parvenu.
Pour ces portraits, comme pour toutes choses, Marivaux avait une théorie ; elle montre à la fois le fort et le faible de son talent :
On ne saurait, dit-il, rendre en entier ce que sont les personnes; du moins cela ne me serait pas possible; je connais bien mieux celles avec qui je vis que je ne les définirais ; il y a des choses en elles que je ne saisis point assez pour les dire, et que je n'aperçois que pour moi, et non pas pour les autres; ou, si je les disais, je les dirais mal; ce sont des objets de sentiment si compliqués, et d'une netteté si délicate, qu'ils se brouillent dès que ma réflexion s'en mêle; je ne sais plus par où les prendre pour les exprimer ; de sorte qu'ils sont en moi, et non pas à moi *.
chrétiennes, respectait plus les exercices de sa religion qu'elle n'y satisfaisait; le tout avec plus de simplicité que de philosophie. » Très délicatement Marivaux parle aussi du genre d'esprit caustique, parfois dénigrant, que Ton redoutait chez Mme de Tencin (p. 285-287). On a vu plus haut (p. 136) avec quelle prévenance attentive s'exerçait à l'égard de Marivaux la générosité de Mme de Tencin; même bienfaisance chez Mme Dorsin : « Ce n'est pas elle que vous fatiguiez du soin de ce qui vous regardait, c'était elle qui vous en fatiguait; c'était vous qu'on pressait, qu'on avertissait, qu'on faisait ressouvenir de telle ou telle chose, qu'on grondait de l'avoir oubliée ; en un mot votre affaire devenait réellement la sienne. » On pourrait continuer sur tout le portrait ce travail de comparaison.