La Vie de Marianne, neuvième partie
l'envie d'être religieuse. Ce n'est pas en agir de bonne foi avec elle ; et il vaudrait mieux lui exagérer les conséquences de rengagement qu'elle prendra, que de l'empêcher de les voir, ou que de les lui déguiser si bien qu'elle ne les connaît pas.
Secondée par les autres sœurs, l'amie de Mme de Sainte-Hermières attire peu à peu Mlle de Tervire, en la comblant de prévenances et de caresses, qui ne doivent pas survivre à la prise d'habit; moyens de pieuse séduction, qu'on abandonne dès qu'ils ont produit leur effet :
Il fallait voir, raconte Mlle de Tervire, comme ma religieuse me serrait les mains dans les siennes, avec quelle sainte tendresse elle me parlait et jetait les yeux sur moi. Après cela venaient encore deux ou trois de ses compagnes aussi caressantes qu'elle, et qui m'enchantaient par la douceur des petits noms qu'elles me donnaient, et par leurs grâces simples et dévotes; de sorte que je ne les quittais jamais que pénétrée d'attendrissement pour elles et pour leur maison *.
Mais un jour, dans ce môme couvent, une des religieuses, à la suite d'une conversation, qui, peu à peu. est allée jusqu'à l'épanchement, tient à Tervire le langage que Tervire elle-même tiendra plus tard à Marianne :
Vous voulez vous l'aire religieuse? et les caresses de nos sœurs, l'accueil qu'elles vous font, les discours qu'elles vous tiennent,... les insinuations de Mme de Sainte-Hermière, tout vous y porte, et vous allez vous engager dans notre état sur la foi d'une vocation que vous croyez avoir et que vous n'auriez peut-être pas sans tout cela. Prenezy garde! J'avoue, si vous êtes bien appelée, que vous vivrez tranquille et contente ; mais ne vous en fiez pas aux dispositions où vous vous trouvez, elles ne sont pas assez sûres, je vous en avertis ; peut-être cesseront-elles avec les