‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 258 sur 360 · LES DIRECTEURS DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LES DIRECTEURS DE CONSCIENCE

suites ou jansénistes, beaucoup étaient très estimables, de morale plutôt sévère que relâchée; quelquesuns, les jansénistes, affectaient même, on le sait, une sévérité digne des premiers temps de l'Église. Mais l'institution ne conserva pas son caractère primitif. Peu à peu la direction s'étendit des intérêts spirituels aux intérêts matériels; le directeur fut le conseiller de toutes les heures et prit, dans la vie des femmes, une influence absorbante. A la fin du siècle, les abus de la direction frappaient tous les yeux. La Bruyère observait qu'elle ne rendait les femmes ni plus occupées de leurs maisons, ni mieux réglées dans leur conduite, ni plus égales dans leur humeur, et il concluait sèchement : « Le capital pour une femme n'est pas d'avoir un directeur, mais de vivre si uniment quelle s'en puisse passer ». Quant aux directeurs eux-mêmes, il les traitait avec, la dernière sévérité. Il les accusait, avec une rude franchise, de ne voir dans le « ministère des âmes » qu'une source d'avantages matériels '.

Marivaux n'exprime pas d'antipathie aussi nette. Il ne voudrait, dit-il, « scandaliser personne et donner à penser qu'il raille indirectement l'usage où Ton est de donner sa conscience à gouverner à ce qu'où appelle des directeurs et de les consulter sur toutes ses actions ». Il trouve cet usage « louable et sain en lui-même » ; seulement, dit-il, « il y a des minuties dont les directeurs ne devraient pas se mêler aussi sérieusement qu'ils le font ». On peut croire à la sincérité de cette déclaration; mais, si Marivaux admet une direction réduite à de justes limites, il raille avec un verve impitoyable les excès de la direction trop « minutieuse ».

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