‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 259 sur 360 · Des Femmes, S · texte numérisé non relu

Des Femmes, S

11 incarne donc les directeurs envahissants en la personne de M. Doucin. Celui-ci est maître absolu chez les demoiselles Habert et dirige, avec un despotisme onctueux, non seulement leur conscience, mais leur maison. C'est « un assez petit homme, bien fait dans sa taille un peu ronde », avec « un teint frais, mais d'une fraîcheur reposée, l'œil vif, mais de cette vivacité qui n'a rien d'étourdi ni d'ardent ». Sa mine a « je ne sais quoi d'accommodant, d'indulgent et de consolant ». Ecclésiastique mondain, il n'a pas oublié « que la religion même veut qu'on observe sur soi une propreté modeste, afin de ne choquer les yeux de personne ». « Il excédait seulement un peu cette propreté de devoir; mais il est bien difficile d'en trouver le point juste ; de sorte que notre ecclésiastique, contre son intention sans doute, avait été jusqu'à rajustement * ».

Le langage qu'il tient aux deux dévotes, aveuglément dociles jusqu'au jour de l'arrivée de Jacob, est un modèle de patelinage. Il ordonne le prompt renvoi de l'intrus, mais Mlle Habert cadette défend le pauvre garçon. M. Doucin est stupéfait : « D'où vient, dit-il, cet entêtement dans son sens, cet éloignement pour mes idées, elle que je n'ai jamais vue résister un instant aux conseils que ma conscience m'a dictés pour la sûreté de la sienne! Je n'aime point cette disposition d'esprit-là; elle m'est suspecte; on dirait que c'est un piège que le démon lui tend. » C'est bien le démon, en effet : l'amour parle dans le cœur de la dévote révoltée. Le directeur s'en va, furieux « d'un goût qui peut la dégoûter d'être dévote et puis d'être soumise; adieu l'autorité du directeur, et on aime à

4. Le Paysan parvenu, deuxième partie. — Comp. Boileau, satire Sur les Femmes, et Montesquieu, Lettres Persanes,

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