‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 267 sur 360 · Le Paysan parvenu, première partie · texte numérisé non relu

Le Paysan parvenu, première partie

répond-il à la proposition de son maître, dans notre village c'est notre coutume de n'épouser que des filles. » Le financier s'étonne; dans son monde à lui, on est beaucoup plus accommodant : « Vous voyez, fait-il tout scandalisé, vous voyez les personnes qui viennent me voir; ce sont tous gens de considération, qui sont riches, qui ont de grands équipages. Savezvous bien que parmi eux il y en a quelques-uns qu'il n'est pas nécessaire de nommer, et qui ne doivent leur fortune qu'à un mariage qu'ils ont fait avec des Genevièves? »

Après Madame et Monsieur, on entrevoit l'enfant *, qui complète cette intéressante famille. Ni père, ni mère ne s'en occupent, il s'élève comme il peut, entre un valet qui le sert le moins possible, et un précepteur qui lui fait ses devoirs, « afin que la science de son écolier lui fasse honneur, et que cet honneur lui conserve son poste de précepteur, qui est fort lucratif ».

Un brusque coup du sort montre en action la morale de cette histoire : la fortune qui soutient cette vie de désordre s'en va, comme elle est venue, en un moment. Le financier meurt d'apoplexie, « devant son bureau sur lequel était une lettre ébauchée de quelques lignes gaillardes, qu'il écrivait à une dame de bonne composition » ; et aussitôt la débâcle commence. Les créanciers fondent sur la veuve, qui se réfugie au plus vite dans un couvent; les victimes de l'agioteur remplissent d'injures cette maison, où le mort est encore; les domestiques pillent pour se couvrir de leurs gages. Dernier détail de cette ruine expiatoire, douloureux celui-ci, car il frappe un inno-

1. Pour être exact, il convient de dire que cet enfant n'est qu' « un neveu de province »; mais le propre fils du ménage financier n'eût pas été élevé autrement.

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