Voir Campa rdon, ouvrage cité, 1. 1, p. 27 et
2. Les contemporains leur rendent pleine justice à ce sujet, ainsi Rémond de Saint-Albine, le Comédien, 1747. Voir Ad. Jullien, Histoire du costume au théâtre, chap. iv et p. 72.
ils louent leurs accessoires et leurs costumes. On pourrait, avec ces registres, écrire un très curieux chapitre d'histoire théâtrale anecdotique.
Depuis leur retour, ils n'employaient que le français *. Mimes excellents, d'une finesse sans rivale, ils suppléaient par la perfection de leur jeu à leur ignorance de notre langue, comptant surtout pour se faire comprendre sur la vivacité et la vérité du geste *. En cela, comme en tout au théâtre, s'était formé une tradition dont ils profitaient. Il était admis par le
1. La première pièce entièrement française qu'ils représentèrent fut le Port-à-V Anglais ou les Nouvelles débarquées, comédie en trois actes et en prose, d'Autreau, jouée le 25 avril 1718.
2. Il ne fallait rien moins, toutefois, que ce talent de mimes pour rendre supportable leur débit. Boindin disait à ce sujet : « Flaminia et Sylvia sont celles qui parlent le mieux le français. Pour Violette, comme on a remarqué qu'elle n'en sait pas encore un mot, il est à présumer que cette langue ne lui sera pas de sitôt familière. Lélio la parle à peu près comme un Suisse; Mario se fait entendre à force de tâtonner. Pantalon s'en tient à son langage vénitien, et évite par là une peine, qui, suivant toutes les apparences, serait aussi fatigante pour lui que pour le public. Le Docteur sera un de ceux qui parlera le mieux le français, pour peu qu'il veuille s'y appliquer. Scapin, dit-on, fait son unique étude de cette langue, mais sans y faire un grand progrès; on s'aperçoit seulement qu'il oublie insensiblement la sienne, de sorte qu'avant qu'il soit six mois, on espère qu'il ne saura plus parler ni l'une ni l'autre, et plaise à Dieu que Scaramouche puisse tomber dans le môme inconvénient. A l'égard d'Arlequin, il faut qu'il s'en tienne à son bergamasque, jusqu'à ce qu'il se soit rendu intelligible dans notre langue. » Conséquence : « Les auteurs ont soin d'arranger leurs scènes et de distribuer leurs rôles de façon que ce sont ceux qui possèdent le mieux notre langue qui disent les choses les plus nécessaires, pour donner l'intelligence à la pièce. » (Boindin, Quatrième lettre, p. 6 et 8.) — Sauf exception, les Italiens jouaient sous le demi-masque, couvrant la partie supérieure de la figure, du front à la bouche, ce qui rendait leur mimique plus piquante, peut-être, mais à coup sûr plus difficile. Les femmes s'en affranchissaient souvent, on comprend pourquoi. Sur la forme et la disposition de ce masque, voir les gravures du Théâtre de Gherardi et celles de Maurice Sand, dans Masques et Bouffons.
public d'alors qu'en allant au Théâtre-Italien on devait s'attendre à un français spécial, dénaturé ou même défiguré, mais dont l'étrangeté même produisait à elle seule un effet comique; tels, de nos jours, les rôles classiques de Gascons, d'Italiens et d'Anglais. Dans ce rajeunissement de leur répertoire et cette transformation de leur jeu, ils ne ménageaient pas les avances aux jeunes auteurs de quelque espérance. On sut vite qu'ils étaient plus généreux et moins hautains que les comédiens du roi : « On assure, disait Boindin f, qu'ils en agissent parfaitement bien avec ceux qui leur présentent des pièces; s'ils continuent à avoir la même politesse, je suis persuadé que nos meilleurs auteurs se feront un plaisir de travailler pour leur théâtre, les procédés leur étant d'autant plus sensibles que rarement les a-t-on pour eux. » Marivaux surtout, accueilli par eux avec bienveillance, leur resta longtemps fidèle. En cela, acteurs et auteur furent bien inspirés. Il fixa la vogue commençante du nouveau Théâtre-Italien, assura sa fortune et la soutint longtemps presque seul *; lui-même dut à la liberté que lui laissaient ses interprètes et qu'il n'eût pas trouvée ailleurs, de pouvoir, au début de sa carrière, se développer sans entraves et suivre la voie naturelle de son talent. Affranchis de toute tradition gênante, complaisants et dociles, Marivaux leur donna la direction qu'il voulut; au lieu de subir des conseils, comme il eût fait au Théâtre-Français, il vit accepter avec empressement ceux qu'il lui plut de donner. Il précipita donc le changement de cadre et de genre qu'ils avaient commencé, et bientôt il ne