Causeries du Lundi, t. IX, p
« lorgnés » et décrits en détail, par ce moraliste de seize ans. Si l'on retranchait du roman tout ce qui est récit ou dialogue, la plus grande partie de l'ouvrage subsisterait encore et pourrait s'appeler « Réflexions sur le cœur humain ! ».
Jacob philosophe, lui aussi, mais autrement que Marianne. La jeune fille se complaît et s'admire dans sa fine sagesse; le jeune homme, « philosophe ingénu », fait de la morale sans le savoir. Jeté par les hasards de la vie dans un monde fort mêlé, il songe plus à profiter des événements qu'à chercher la raison des choses. Mais, comme il est honnête et qu'il tâche à le demeurer, il nous instruit par la manière dont il résiste à la contagion du milieu. En outre, comme à son honnêteté native il joint un grand fonds de bon sens et de finesse, il voit juste et bien, raconte de même, et cela suffit pour faire œuvre utile.
Le théâtre et la fiction n'épuisèrent pas la veine morale de Marivaux. À plusieurs reprises, il interrompit romans et comédies pour se livrer sans partage à l'observation et aux théories spéculatives. Ses débuts dans Jes lettres avaient été des essais moraux, de véritables caractères données au Mercure; en pleine maturité, de trente-cinq à quarante-cinq ans, il publia, dans le genre de ses premiers essais, trois recueils périodiques, le Spectateur français, V Indigent philosophe, le Cabinet du Philosophe, qui, réunis, forment le quart de ses œuvres complètes. Devenu vieux, n'écrivant plus ni comédies ni romans, il philosophait encore, et revenait au Mercure pour y donner des Réflexions sur les hommes, sur l'Esprit humain, un très curieux essai de philosophie histo-