‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 281 sur 360 · Le Spectateur français, troisième feuille · texte numérisé non relu

Le Spectateur français, troisième feuille

2. Voir ce portrait, trop long pour être cité ici, et comp. La Bruyère, Du Souverain ou de la République, $ 11. Montesquieu peint, lui aussi, les Nouvellistes (Lettres persanes, cxxx); il y a dans ce portrait plus d'esprit peut-être, mais à coup sûr moins de vie que dans celui de Marivaux.

qui s'étouffent et hausse les épaules d'un air de pitié. Il prend envie à Marivaux « de voir de près ce philosophe subalterne et d'examiner quelle forme peuvent prendre des pensées philosophiques dans la tête d'un homme qui raccommode des souliers »; il entre donc dans l'échoppe et cause longuement avec le savetier !. Une autre fois, il se trouve sur un banc de promenade à côté d'un homme à « l'air pesant et taciturne », qui parait un sot; mais, pour qui vit au milieu des gens d'esprit, la conversation d'un sot a le mérite de la nouveauté. L'homme éternue; Marivaux « répond par un coup de chapeau » ; il veut « faire sortir cet esprit de sa coquille », et il y parvient après « quelques discours vagues sur la chaleur, sur le besoin de pluie », etc. *. Pour étudier le type si particulier du boutiquier parisien, l'art de plaire au client, de « l'enjoler », il suit un provincial chez un drapier et note tous les manèges de l'acheteur et du marchand, la résistance de la mouche, la stratégie de l'araignée 3.

Le Spectateur finançais, disais-je, est une imitation du Spectateur anglais *; il emploie la même fiction littéraire, use des mêmes procédés et tend au même but moral. Il y a cependant plus de différences que de ressemblances entre Marivaux et Addison. D'abord, Marivaux manque de cette forte culture classique qui fait courir à travers les pages du Spectateur anglais la riche sève de l'antiquité ; s'il parle

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