‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 284 sur 360 · Réflexions et maximes, 657, Œuvres, p · texte numérisé non relu

Réflexions et maximes, 657, Œuvres, p

5. Voir la septième des Réflexions sur divers sujets (Œuvres, p. 70), très sévère pour les romans.

que Yauvenargues aimait; et il était aussi digne que Voltaire et Marmontel d'apprécier le noble caractère de Vauvenargues, ce « philosophe ingénu », candide, fier, serein dans la tristesse, héroïque avec simplicité. Il eût ressenti dans son commerce ce que ressentaient tous ceux qui le voyaient d'un peu près, le respect pour sa personne, l'admiration pour son talent. De son côté, Vauvenargues fût certainement revenu de ses préventions. D'abord, seuls parmi leurs contemporains, dans la première moitié de leur siècle, ils avaient conservé tous deux le souci de doctrines et de recherches dédaignées, niées, combattues autour d'eux. En dépit de l'amitié qui l'unissait à Mme de Tencin, à Fontenelle, à Helvétius, Marivaux mériterait qu'on lui appliquât ce que Villemain a dit de Vauvenargues : lui aussi, dans ses œuvres morales, « était très loin de cet épicuréisme qui, avec toutes les variantes de grâce frivole et de sécheresse dogmatique, d'indifférence et de cynisme, de froid calcul et d'exaltation sensuelle, de prudence ou d'emportement, est la marque uniforme du xviii0 siècle depuis Fontenelle jusqu'à Mirabeau * ». Il est seul, avec Vauvenargues, à méditer avec respect sur le bien et le mal, l'âme, la religion, l'espérance d'une autre vie, les faiblesses et les grandeurs de l'homme, la corruption des mœurs et les remèdes qui pourraient la guérir ou l'atténuer. Il est seul avec lui, au moment où l'esprit scientifique va triompher, où les vérités mathématiques sont l'objet d'une préférence de plus en plus marquée, à soutenir que les vérités morales ne sont ni moins certaines, ni moins fécondes; tous deux les dégagent, les épurent, et les donnent pour but à la philosophie dévoyée.

Page 1