‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 301 sur 360 · L AMOUR DE DIEU · texte numérisé non relu

L AMOUR DE DIEU

Ainsi l'amour de Dieu engendrera la foi, plus que la foi même, rentière sécurité du cœur et de l'esprit, la joie profonde qui résuite de la certitude, cette certitude qu'un croyant ne saurait prouver h l'incrédule, mais qu'il communiquera à d'autres croyants. Marivaux emprunte cette théorie h l'Écriture sainte *, et la termine par une image d'une charmante poésie :

Ceux qui connaissent Dieu, parce qu'ils l'aiment, qui sont pénétrés de ce qu'ils en voient, ne peuvent, dit-on, nous rapporter ce qu'ils en connaissent. 11 n'y a point de langue qui exprime ces connaissances-là; elles sont la récompense de l'amour, et n'éclairent que celui qui aime. Quand même il pourrait les rapporter, le monde n'y comprendrait rien; elles sont à une hauteur à laquelle l'esprit humain ne saurait atteindre que sur les ailes de l'amour. Cet esprit humain va terre à terre et il faut voler pour aller jusque-là. Ceux qui aiment Dieu communiquent partout ce qu'ils en savent à ceux qui leur ressemblent; ce sont des oiseaux qui se rencontrent dans les airs *.

Faut-il conclure de ces citations que, malgré les dissipations de la vie mondaine et littéraire, Marivaux fut un chrétien fervent et pratiquant? Ce serait aller trop loin. Un auteur dramatique, voué h la peinture des mœurs élégantes, eût concilié difficilement les exigences de la vie pieuse avec celles de son art. Disons seulement qu'au milieu d'une société de plus en plus incrédule, il conservait un fonds solide de croyances

1. Tout le passage qu'on va lire n'est, en effet, qu'une belle paraphrase d'un texte de saint Paul : « Secl sicut scriptum est : Quod oculus non vidit nec auris audivit, nec in cor hominis ascendit, quœ prœparavit Deus iis qui diligunt illum. — Nobis autem revelavit Deus per spiritum suum : Spiritus enim omnia scruta tu r, etiam profunda Dei. » (Ad Corinth., epist. I, cap. H. 3 et 10.) Sicut scriptum est rappelle Isaïe (cap. LX1V, 4) : « A sœculo non audierunt neque auribus perceperunt : oculus non vidit, Deus absque te, quœ prœparasti expectantibus te. »

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