‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 31 sur 360 · SYLVIA · texte numérisé non relu

SYLVIA

Sylvia ne se piquait pas de mœurs bien austères ', et d'Alembert nous apprend * que Marivaux, dans sa jeunesse, « avait vivement ressenti les passions ». Cependant, il ne semble pas qu'il y ait eu entre eux rien de semblable, toutes proportions gardées, à ce qui exista entre Racine et la Champmeslé. La chronique scandaleuse du xvnr siècle, si friande d'indiscrétions de ce genre, est muette à leur sujet. On a du reste une lettre mêlée de vers, que Marivaux adressait à Sylvia pour sa fête, et qui parle plutôt le langage d'une galanterie respectueuse et précieuse que celui de l'amour :

Vous me disiez hier, Mademoiselle, et bien naïvement : c C'est demain ma fête, Monsieur de Marivaux. Vous, qui vous mêlez de bel esprit, est-ce que vous ne ferez pas quelques vers pour moi? » Non, en vérité, Mademoiselle! Je m'en garderai bien ! Vous êtes un point de vue un peu trop dangereux pour moi :

Car enfin, dites-moi, Sylvie, Sur quoi les faire, je vous prie?

i. Si Sainte-Beuve se fût rappelé la lettre de Mlle Aïssé, citée plus haut, il n'aurait sans doute pas écrit (Causeries du Lundi, t. IX, p. 361) : « On ajoute (à ses nombreuses qualités d'actrice) que, dans la vie, sa conduite fut toujours sans tache, et qu'elle ne voulut que des amis, jamais des amants. » Il a des doutes cependant, car il déclare ne pas vouloir « trop insister sur ce point délicat et souvent obscur ». — Pour en finir avec la vie privée de Sylvia, je dois signaler au t. I, p. 15 et suiv. de l'ouvrage de M. Campardon, deux procès-verbaux de police constatant que, le 16 avril 1717, un tapissier accusait Sylvia et son père d'une tentative d'escroquerie commise avec violence, et que le 24 août 1724, un huissier ayant voulu procéder à la saisie de ses meubles, elle l'accueillit par des invectives, tandis que son mari prétendait que ces meubles n'appartenaient pas au ménage, qui les aurait eus simplement en location. Tout cela prouve surtout que, dans les premières années de son séjour à Paris, Sylvia eut une existence be soigneuse #et dut se débattre contre les embarras habituels en pareil cas.

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