‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 336 sur 360 · Le Spectateur français, septième feuille · texte numérisé non relu

Le Spectateur français, septième feuille

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Cependant, les critiques avaient raison. Employé avec mesure, l'esprit de Marivaux, est Tune des formes les plus aimables et les plus originales de l'esprit français. Ce n'est plus, l'esprit de Molière, belle humeur puissante d'une raison robuste et saine, souvent aiguisé d'ironie méprisante et couvrant d'un voile de gaieté un fonds de tristesse et d'amertume. Ce n'est pas davantage l'esprit de Regnard, moins profond que celui de Molière, esprit qui n'instruit guère, ne porte nullement à la réflexion, et ressemble, dans sa verve emportée, à, l'enivrement d'une folie joyeuse. L'esprit de Marivaux n'appartient qu'à, lui; il n'a surtout point d'analogue au xvne siècle; ni les Précieuses, ni Voiture^ ni Fontenelle n'ont eu cette ironie que la bonté tempère, aimable et caressante jusque dans le persiflage, cette gaieté douce, qui va jusqu'au franc rire, mais ne s'y arrête pas, cette verve réglée, maîtresse d'elle-même, cette fleur d'élégance et de politesse. On n'a que l'embarras du choix pour en donner des exemples. Tantôt c'est un simple jeu de mots, tantôt une série de répliques éblouissantes, tantôt une longue tirade, où chaque mot est une épigramme, une boutade, une saillie plaisante : « Je dois soupirer toute ma vie », dit une marquise. — « Vous devez, dites-vous, oh! vous ne payerez jamais cette dette-là * », répond la soubrette. « Je ne saurais empêcher qu'il ne t'aime, dit Mario à sa sœur Sylvia; mais je ne veux pas qu'il te le dise. — Il ne me le dit plus, répond Sylvia; il ne fait que me le répéter * ». Pour excuser la coquetterie changeante des femmes : « Quand une femme est fidèle, on l'admire; mais il y a des femmes modestes qui

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