Le Jeu de V Amour et du Hasard, acte III, se. in
l'esprit. 491
n'ont pas la vanité de vouloir être admirées * ».
Le plus souvent, cet esprit n'est pas esprit de mots, mais esprit de situation et de caractère. La distinction, en effet, est essentielle. Le véritable esprit, au théâtre surtout, n'est pas celui que l'auteur prête à ses personnages, sans autre but que de dire des cLoses plaisantes ; c'est celui qui vient, en quelque sorte, tout seul, expression naturelle d'un sentiment inconscient, effet plaisant d'une situation et jaillissant, non pas d'une verve qui se travaille, mais des choses elles-mêmes; cet esprit dont Joubert disait : « Les véritables bons mots surprennent autant ceux qui les disent que ceux qui les écoutent; ils naissent en nous, malgré nous, ou, du moins, sans notre participation, comme tout ce qui est inspiré * ». C'est affaire à l'auteur dramatique de donner à ses personnages une vie assez intense pour qu'ils vérifient cette loi et soient spirituels sans le savoir. Ainsi faisait Molière; jamais Harpagon, Géronte, M. Jourdain ne sont plaisants de parti-pris. Il en est encore de même pour Marivaux. Après lui, ce défaut séduisant s'aggrave et finit par dominer dans le style dramatique; de plus en plus, les auteurs cherchent des mots et le public les encourage dans cette mauvaise voie 3. Il en résulte qu'au bout de peu de temps cet esprit de circonstance et de mode vieillit, et l'on peut prédire que nos descendants ne riront pas toujours de ce qui nous aura charmés.
Mais, encore une fois, le seul défaut de l'esprit de Marivaux, c'est qu'il est trop prodigué. C'est en vain qu'il coule de source et ne sent nullement l'effort : il y a excès et abus. Ces scintillements de l'expression,