‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 339 sur 360 · Le Jeu de V Amour et du Hasard, acte II, se. m · texte numérisé non relu

Le Jeu de V Amour et du Hasard, acte II, se. m

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gaires, singulier mélange de sottise lourde et de prétention, d'effronterie et d'embarras, de naïveté et de finesse matoise. Blâmer Marivaux de faire parler valets et paysans d après une convention alors admise de tous *, c'est tomber dans la même erreur que La Bruyère et Fénelon reprochant à Molière, le premier de n'avoir pas évité « le jargon et le barbarisme », le second de « parler souvent mal » et de rencontrer le « galimatias ». Lorsque notre auteur quitte le Théâtre-Italien pour la Comédie-Française, ces valets et ces paysans deviennent plus naturels; leurs concetti et leurs lazzi se réduisent à l'indispensable.

S'il y a des défauts que le sens du mot marivaudage exagère, il y a des qualités dont il ne tient aucun compte. D'abord, il laisse de côté un des mérites les plus remarquables de Marivaux, la vérité avec laquelle il reproduit le style de la conversation, en coupant le dialogue, en procédant par petites répliques, très différentes du style dramatique propre à l'ancien répertoire. On ne saurait nier que, jusqu'à Diderot, nos classiques du théâtre n'aient un peu abusé de la tirade et du monologue ; qu'ils n'aient trop souvent aligné des séries de petits discours réguliers, très favorables à l'analyse et à l'exposition méthodique des sentiments, mais peu conformes à la vérité. Des amoureux, des amoureuses surtout, pressés par un sentiment un peu vif, n'auront jamais la patience d'attendre que leur partenaire ait si lon-

i. Les arlequinades étaient passées en proverbe; on les imitait par plaisanterie, dans la conversation, dans les lettres familières, etc. Voir une lettre de Julie Beaumarchais à son frère, dans Beaumarchais et son temps, de L. de Loménie, t. I, p. 42, n. 1. Quant aux paysans, on trouvera dans l'ouvrage de M.Jean Fleury, Marivaux et le marivaudage^ p. 275 et'suiv., d'intéressantes réflexions sur le « langage entortillé » qu'ils ont, non seulement au théâtre, mais aussi dans la réalité.

gueraent déduit sa pensée. La conversation est pour eux un échange rapide de phrases courtes et non pas de dissertations alternatives patiemment écoutées. Les maîtres de la scène parviennent à sauver les défauts de la tirade; ils ne les évitent pas tout à fait; chez les auteurs secondaires, où l'art ne fait plus illusion, ces défauts s'étalent et choquent. Marivaux avait la prétention justifiée de ramener le dialogue scénique à la vérité de la conversation1. Rien n'égale l'agilité du sien. Lorsque la réplique se prolonge, «'est que la situation le veut ainsi; et, même en ce cas, l'allure en est toujours aisée. Le personnage qui l'écoute peut en attendre la fin sans effort et sans gêne; il n'a pa9 l'attitude un peu ridicule propre au confident et au raisonneur *.

Le marivaudage est beaucoup moins sensible dans les romans de Marivaux que dans son théâtre. Si la coquette Marianne subtilise trop, mais, si elle abuse de l'esprit et de l'analyse, Mme de Miran et Mme Dorsin, Mlle de Tervire et Mlle Varthon, M. de Climal et l'officier prétendant à la main de Marianne, parlent un langage simple, en parfait rapport avec des sentiments bien observés. Dans le Paysan parvenu, il reste très peu de préciosité : tout est en action et en récit; aussi l'observation ne se perd-elle pas en menues

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