Novembre 1734, Œuvres inédites, p
2. Théâtre-Italien, 23 janvier 1730 : « Elle eut un très grand succès •; jouée le 28 à la cour elle fut « très goûtée ». (Mercure, janvier 1730.)
3. Théâtre-Italien, 19 'novembre 1740 : « Cette pièce a été très bien reçue du public. On l'a trouvée pleine d'esprit, simple en action et élégamment dialoguée. • (Mercure, novembre 1740).
4. Théâtre-Italien, 9 mai 1735 : « Très goûtée et très suivie. » (Mercure, mai 1736.) Le mois d'après, dit encore le Mercure (juin 1737), « elle fait un extrême plaisir, et attire beaucoup de monde à l'hôtel de Bourgogne *.
5. Théâtre-Italien, 16 mars 1737 : « Reçue favorablement du public » (Mercure, mars 1736), la pièce est reprise Tannée suivante avec le même succès (Mercure, juillet 1738).
On s'explique aisément le médiocre succès de Marivaux au Théâtre-Français. Il n'y trouvait pas, nous l'avons vu, ce qui, aux Italiens, secondait et faisait valoir son talent : des interprètes dociles, formés par lui, possédant d'instinct le jeu qui convenait à ses pièces. Chez les comédiens français, il y avait des traditions, défendues avec un soin jaloux, des modèles qu'il fallait, sinon imiter, du moins respecter en ne s'en écartant pas trop, un sérieux qui glaçait la fantaisie, des acteurs qui prétendaient imposer une tutelle aux auteurs et qui auraient cru déroger en ne résistant pas à l'invasion de la farce italienne dans le sanctuaire de la Comédie-Française. Le public pensait comme eux ; il accueillait avec froideur rue des Fossés-Saint-Germain ce qu'il aurait applaudi rue Mauconseil '.
De là, dans les pièces de Marivaux destinées au Théâtre-Français, une contrainte visible, quelque chose de pénible et de tendu, qui paralyse ses meilleures inspirations. D'un côté, il ne veut pas renoncer à une manière de concevoir le théâtre qui est le tour même de son observation, et, comme il le dit luimême, le « geste naturel de son esprit »; de l'autre, il fait des efforts, assez gauches et maladroits, pour hausser le ton, se donner du sérieux, se rapprocher des maîtres de l'art classique. Cette double tendance est visible surtout dans une de ses pièces les plus
1. « C'est une chose singulière que l'indulgence du public à tous les autres théâtres, et sa sévérité à celui de la Comédie- Française. Dans ce dernier, il regarde les auteurs comme des hommes qui ont affiché leurs prétentions au talent et à l'esprit, et, d'après ces prétentions, il les juge à la rigueur. Partout ailleurs, il voit à peine dans les pièces qu'on lui donne un objet de critique, et il tient à la fois compte aux auteurs de leurs tentatives pour lui plaire et du peu de confiance qu'ils ont eu dans leurs propres forces, en cherchant à lui plaire sans prétention à ses éloges. » (D'Alembert, p. 609, n. 9.)
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travaillées, les Serments indiscrets, dont nous venons de voir la carrière difficile au Théâtre-Français '. D'abord Marivaux, qui, dans ses autres comédies, n'a jamais dépassé trois actes *, est allé ici jusqu'à cinq avec une fatigue visible, et cela sans doute parce que les grandes pièces de Molière et de Regnard étaient en cinq actes. Ses personnages ne sont plus, comme au Théâtre-Italien, Lélio et Sylvia, Arlequin et Colombine, mais Ergaste et Lucile, Lisette et Frontin, noms consacrés dans le répertoire classique. Le style n'a plus la libre allure, les caprices, la fantaisie, le raffinement habituels à Marivaux : il veut être simple, sobre, régulier. Les sentiments des personnages sont moins oc singuliers » et plus généraux. Ainsi conçue, la pièce intéresse fort à la lecture, comme une tentative souvent habile
i. Il existe, aux archives de la Comédie-Française, une lettre adressée par Marivaux à Quinault-Dufresne, au sujet de cette pièce, et qui semble indiquer en même temps des procédés peu courtois des comédiens envers l'auteur et des remaniements laborieux de la pièce par celui-ci : « Enfin, Monsieur, la résolution de jouer les Serments indiscrets est donc prise. Il y a deux ou trois jours que j'ai écrit à Mlle Quinault pour la prier qu'on me rendit cette pièce; mais je n'ai reçu ni pièce ni réponse. Au reste, j'avais, ce me semble, entendu dire que vous alliez après Pâques jouer une tragédie. Quoi qu'il en soit, il faut prendre son parti. Vous avez déjà quatre actes entre vos mains; vous ne pouvez avoir le cinquième que ce soir ou demain matin à pareille heure; il faut, avant que je le donne, que vous ayiez la bonté de m'envoyer une copie des quatre premiers actes, parce que j'ai besoin de voir certaines choses qui ne sont point dans la copie qui me reste. Ainsi, je vous prie de faire dire au sieur Minet (copiste et souffleur de la Comédie) qu'il délivre ce que je demande au porteur de ma lettre. Je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur ».
2. Au moins dans ses pièces imprimées; le Prince travesti, représenté d'abord en trois actes, avec un succès très vif dès la seconde représentation, fut étendu par l'auteur jusqu'à cinq, quelques jours après (Mercure, février 1724), mais, à l'impression, il reprit sa forme première.
d'un homme de talent qui est sorti de sa voie naturelle; mais elle ne plaît que comme curiosité, et Ton ne s'étonne pas du médiocre succès qu'elle eut à la représentation.
Il y avait une autre raison pour que les pièces de Marivaux réussissent moins bien au Théâtre-Français qu'au Théâtre-Italien. Il faut, pour jouer Marivaux, cette « brillante et abondante volubilité * », qu'il avait lui-même dans la conversation et que n'avaient pas toujours les acteurs de la Comédie-Française, habitués à détailler, à « annoncer », comme on disait en langage de théâtre : le répertoire de la comédie classique doit être dit avec cette netteté lente, mais point le Marivaux. Au Théâtre-Français, l'acteur voulait être plus qu'un interprète se subordonnant à l'œuvre, n'ajoutant ni ne retranchant rien h la pensée de l'auteur, uniquement préoccupé de la traduire fidèlement. Il voulait être une manière de collaborateur, ajouter de son propre fonds, se faire valoir lui-même. Marivaux souffrait avec impatience cette prétention et s'en plaignait. On a vu sa remarque sur la nécessité que « les acteurs ne paraissent jamais sentir la valeur de ce qu'ils disent, et que en même temps les spectateurs la sentent et le démêlent ». Il ajoutait : « J'ai eu beau
le répéter aux comédiens, la fureur de montrer de l'esprit a été plus forte que mes très humbles remontrances; et ils ont mieux aimé commettre dans leur jeu un contresens perpétuel, qui flattait leur amourpropre, que de ne pas paraître entendre finesse à leur rôle. » On peut tenir pour assuré que les acteurs du Théâtre-Français provoquaient cette plainte beaucoup plus que ceux du Théâtre-Italien. Marivaux demandait aux premiers un sacrifice trop pénible