LA POSTÉRITÉ DE MARIVAUX
tuel sans grossièreté; à ses grâces diverses Florian ajouta toutes les vertus de sentiment '.
Après la Révolution, dans le premier quart du xix° siècle, paraissent enfin des écrivains plus proches parents de Marivaux et qui recueillent une part de son héritage. Plusieurs d'entre eux lui ont des obligations involontaires, quelques-uns s'inspirent évidemment de lui ', mais, par une timidité singulière, il n'y en a pas qui se fassent un titre de cette parenté : grâce à La Harpe et à Geoffroy, qui le connaissent mal et le jugent avec une sévérité excessive, sa réputation est encore trop mauvaise. Au théâtre surtout, on l'imite de plus ou moins près, mais toujours sans le nommer : Picard, Andrieux, Collin d'Harleville lui prennent ou des sujets de pièces, ou des cadres de scènes, ou des analyses de sentiments. En dehors du théâtre, mais dans un genre tout voisin de la comédie des mœurs, Carmontelle et Théodore Leclercq peuvent être regardés, avec leurs proverbes, comme ses disciples. Qu'étaientce, en eflet, que ces proverbes, au sens où l'entendaient les salons de la Restauration, si ce n'est d'ingénieuses études de sentiments, présentées dans un dialogue dont la grâce un peu précieuse et le raffinement avaient pour modèles les qualités, ou même les défauts, d'une spirituelle conversation. Les comédies de Marivaux ne sont pas autre chose, dans des cadres
4. A propos de ces diverses pièces, Grimm constate cette parenté entre Marivaux et Florian (t.X, p. 453, t. XI, p. 207 et 334, t. XIII, p. 32), mais pour sacrifier le premier au second. Sainte- Beuve, étudiant à son tour (Causeries du Lundi, t. 111, p. 233) les arlequinndes de Florian, les croit, lui aussi, tout à fait originales et ne rapporte pas à Marivaux l'honneur d'avoir transformé le type d'Arlequin.
2. Petitot se plaignait en 4848 qu'on le « pillât - avec « une hardiesse encouragée par le dédain de la critique et l'ignorance du public. • (Répertoire du Théâtre-Français, t. XXII, p. 25.)
plus larges. Carmontelle a subi directement l'influence de Marivaux, car, lorsqu'il écrivait, notre auteur était le modèle obligé de tout peintre de la société mondaine. Plus personnel et plus original que Carmontelle, Théodore Leclercq le continue. Observateur clairvoyant, moraliste délicat, railleur sans amerture, d'une habileté particulière dans la peinture des caractères féminins, il est souvent un Marivaux au petit pied.
Cependant Marivaux lui-même commence à être plus justement apprécié; il est évident, malgré les sévérités persistantes d'une partie de la critique, qu'une réaction en sa faveur se prépare. Un des successeurs de Geoffroy au Journal des Débats, Duviquet, s'efforce de le réhabiliter, et, pour le faire connaître, publie avec soin ses œuvres complètes. Peu à peu, grâce à Mlle Mars, qui le joue volontiers, il prend à la Comédie-Française une place de plus en plus considérable, et le talent de la grande actrice fait accepter l'auteur à ceux même qui l'aiment le moins. Les autres œuvres de Marivaux profitent de ce retour de fortune; on réédite Marianne et le Paysan parvenu-, on cite avec éloge le Spectateur. Déjà l'influence de Marivaux est visible sur un des chefs de la jeune école romantique; par son élégance à la fois coquette et discrète, par sa distinction et sa finesse, par son goût d'analyse, par ses recherches d'expression et de pensée, Alfred de Vigny rappelle souvent Marivaux1. Bientôt il sera l'objet d'une imitation plus directe et plus avouée de la part d'un grand poète : Alfred de Musset s'éprend de son théâtre; il habille à la moderne te* Surprises de V Amour, refait le Legs dans VAne et le Ruisseau , V Heureux Stratagème dans le Caprice, le Petit-Maître corrigé dans On ne badine pas avec V amour. Combinant les souvenirs de Mari-
1. Voir surtout Steflo, la Veillée de Vincennes, le Cachet rouge.