D'Alembert, p. 582 et 610, n
2. La pièce prenait sa revanche sur un théâtre de société, où elle était trouvée charmante et restait dans le répertoire des châteaux (de Paulmy, Manuel des châteaux, p. 215); on la reprenait alors à la Comédie-Française et Mlle Grandval, bien inférieure à Mlle Lecouvreur, mais simple et naturelle, lui assurait un succès durable.
4. Au Théâtre-Français, Marivaux eut, de son temps, pour principaux interprètes, outre Mlles Lecouvreur et Grandval, dont il vient d'être question, Mlles Dangeville, Gaussin et Joly, Préville et les deux Quinault. Plus tard, Mlles Mars, Contât et Anaïs, Mmes Allan, Judith, Madeleine Brohan, et surtout Mme Arnould-Plessy excellèrent dans son répertoire; voir à leur sujet, Fr. Sarcey, le Temps, 14 mars 1881. Parmi les hommes, on se souvient surtout de Firmin, Monrose, Provost, Bressan, Samson, Régnier.
plus de l'être. N'y fut-il pas victime de quelqu'une de ces cabales, assez puissantes un siècle auparavant pour faire tomber la Phèdre de Racine, si puissantes encore au xviii0 siècle que leur histoire est une partie de l'histoire théâtrale de ce temps? Tout le monde le croyait, excepté lui. Il faisait précéder cette pièce même des Serments indiscrets, dont il était question tout à l'heure, d'un avertissement dans lequel il expliquait, avec une sincérité et une sérénité parfaites, ce qu'il croyait être la cause de son échec, en dehors de toute cabale : « La représentation de cette pièce-ci, disait-il, n'a pas été achevée; elle demande de l'attention; il y avait beaucoup de monde, et bien des gens ont prétendu qu'il y avait une cabale pour la faire tomber; mais je n'en crois rien : elle est d'un genre dont la simplicité aurait pu toute seule tenir lieu de cabale, surtout dans le tumulte d'une première représentation. D'ailleurs, je ne supposerai jamais qu'il y ait des hommes capables de n'aller à un spectacle que pour y livrer une honteuse guerre à un ouvrage fait pour amuser *. » Et cette conviction, trop indulgente pour ses confrères, mais fort honorable pour celui qui la professe, il l'exprime plusieurs
1. Avertissement des Serments indiscrets. — Réduite à trois actes, la pièce se serait peutrétre complètement relevée, mais Marivaux ne consentit jamais à la remanier, quelques instances qu'on ait pu faire pour l'y décider. Favart écrivait à ce sujet au comte de Durazzo, le 12 juillet 1761 : « Je suis allé avant-hier chez M. de Marivaux lui demander s'il avait fait quelques changements aux Serments indiscrets; il m'a assuré qu'il n'avait jamais retouché cette pièce, et qu'il n'était pas dans le dessein d'y rien changer. » Comme il arrive souvent, Marivaux aimait d'autant plus sa pièce qu'elle avait été plus mal accueillie; Lesbros nous apprend (p. 9) qu'elle resta toujours au nombre de celles qu'il préférait : - Celles dont M. de Marivaux faisait le plus de cas sont la Double Inconstance, les deux Surprises de V amour, la Mère confidente, les Serments indiscrets, les Sincères et file des Esclaves •.
62 l'homme.
fois dans le cours de sa carrière, et presque dans les mêmes termes. Il ne peut supposer, dit-il encore, « qu'il y ait des hommes assez vils pour nuire au succès d'autrui aux dépens de leur propre amusement et de celui des autres *. » On a vu plus haut *, pour sa tragédie d'Annibal, qu'il respecte toujours les sentiments des spectateurs, même lorsqu'ils lui semblent injustes; il n'a garde de prendre son public à partie pour le convaincre d'ignorance et de mauvais goût. Dans Y Avertissement d'une de ses pièces, tombée à plat, Vile de la raison 3, il reconnaît de bonne grâce qu'il s'est .trompé et que le public l'a traité comme il le méritait : « J'ai eu tort de donner cette comédie-ci au théâtre. Elle n'était pas bonne à être représentée, et le public lui a fait justice en la condamnant. Point d'intrigue, peu d'action, peu d'intérêt; ce sujet, tel que je l'avais conçu, n'était point susceptible de tout cela4. » Lors-