XII AVERTISSEMENT DE LA PREMIÈRE ÉDITION
qu'on peut faire à la fois œuvre de science et œuvre d'art. Il signalait cependant un écueil que le critique ne devrait jamais perdre de vue : la stérilité, en matière d'histoire littéraire, de la recherche érudite exclusivement poursuivie pour elle-même, du document considéré non plus comme moyen, mais comme but. Dans le travail qu'on va lire, je n'ai rien négligé pour établir mes appréciations sur une base solide, et, autant que possible, nouvelle; afin de donner une idée fidèle et complète de mon auteur, j'ai multiplié les recherches personnelles dans les bibliothèques, les dépôts publics et les collections privées; j'ai tâché de réunir tous les documents, imprimés ou inédits, qui pouvaient éclairer mon jugement. Mais je n'ai jamais oublié que le vif sentiment de la beauté littéraire doit avant tout inspirer un travail de littérature, qu'au souci de l'exactitude doit toujours s'unir celui de la composition, qu'entre la rhétorique vide et l'érudition stérile, il y a placé pour la vraie critique, qui juge, choisit et dispose. Si ce n'est point ce que j'ai fait, c'est du moins ce que j'ai voulu faire.
Je ne me dissimule pas que j'arrive un peu tard. Grâce à l'Académie française, qui avait proposé l'éloge de Marivaux comme sujet du prix d'éloquence décerné en 1880, jamais l'auteur des Fausses Confidences n'a mis autant de plumes en mouvement que dans ces derniers mois. Outre le vainqueur, plusieurs des concurrents ont publié leurs travaux, et la curiosité des lecteurs a été amplement satisfaite; peut-être même est-elle déjà blasée.
J'ai cru cependant pouvoir soumettre au public un ouvrage commencé bien avant que Marivaux fût inscrit sur les programmes de l'Académie, et qui, par ses proportions comme par son objet, s'écarte de l'éloge académique. Même après les