Le Spectateur français, première feuille
bout de deux années, le Spectateur français avait vécu.
Quelque temps après, nouvelle tentative de Marivaux, dans le même genre, avec Y Indigent philosophe. On peut croire qu'il ne s'y décide point par goût, mais par nécessité et espoir de profit. Il y a, en effet, dans ce nouveau recueil, des traces visibles de dégoût et de lassitude. Pas plus que dans le précédent, l'auteur ne s'est tracé de plan à l'avance ; en plusieurs endroits il parle de ses « rapsodies », et il a raison. Il a voulu raconter, dit-il au début, l'histoire d'un indigent philosophe ou d'un homme sans souci, d'une sorte de neveu de Rameau; en effet, il la commence et la poursuit quelque temps, mais avec quelle confusion ! Puis il l'abandonne tout à coup, et laisse courir sa plume au hasard, sans but ni prétexte. Le recueil s'arrête au bout de sept feuilles.
Le Cabinet du philosophe est la dernière tentative de Marivaux dans ce genre de journaux. Lorsque ce troisième recueil est annoncé, on prévoit, connaissant l'auteur, quelle en sera la carrière. L'abbé Prévost prend soin d'avertir le public et le met en garde; il n'aimait pas beaucoup Marivaux et, journaliste luimême, il ne voyait pas de très bon œil une concurrence. Il rappelle donc à dessein la carrière intermittente du Spectateur et ajoute : « Voici un nouvel ouvrage de cette espèce, qui commence d'éclore sous le titre du Cabinet du philosophe. Une feuille en paraîtra tous les samedis, et ne se fera pas attendre, du moins si l'on en croit l'auteur, qui assure qu'il a déjà de la matière pour plusieurs gros volumes '. » Prévost feignait ici de prendre au sérieux ce qui n'était qu'une fiction de son confrère en quête d'un