Le Pour et le Contre, t. II, p
début. Marivaux se présentait comme l'éditeur d'une « cassette pleine de papiers », trouvée dans le cabinet d'un philosophe après sa mort, et il ajoutait : « Pourquoi distribuer ces écrits par feuilles, et ne pas les faire imprimer tous en un seul corps d'ouvrage? C'est qu'ils sont en trop grande quantité, qu'il y en aurait pour plusieurs gros volumes, et que l'impression serait d'une dépense trop forte ; au lieu queT de la manière dont on s'y prend, la vente de chaque feuille (si cette vente est heureuse, sans quoi tout cesse) facilitera l'impression de chaque feuille ; et ainsi, de feuille en feuille, on donnera, sans se fatiguer, tout ce qui est dans la cassette !. » Il fallait beaucoup de naïveté ou un peu de malice pour prendre ceci au pied de la lettre. Quoi qu'il en soit, Prévost connaissait bien son Marivaux ; au bout de onze feuilles, la cassette est épuisée, ou du moins la publication est brusquement interrompue. Il y avait ici comme dans le précédent recueil, beaucoup d'incertitude dans la composition, et guère plus d'attachement de l'auteur pour son œuvre. Nous verrons cependant que, dans ces ouvrages composés comme à la tâche, Marivaux avait prodigué de rares qualités d'observateur et d'écrivain, et prouvé qu'il n'était pas seulement le plus gracieux esprit de son siècle, mois encore un des plus sérieux et des plus profonds.
Il ne montre guère plus de persévérance dans le roman; ses deux ouvrages en ce genre sont l'un et Vautre inachevés. Le premier, la Vie de Marianne, publié en seize ans *, s'arrête au moment où l'auteur touchait au dénouement; en vain on le pressait de continuer, il refusait. En revanche, aussi détaché de