SON DÉSINTÉRESSEMENT
de Marianne qu'il commence le Paysan parvenu !, et l'histoire du nouveau roman est la même que celle du premier.
Enfin, malgré sa gêne, Marivaux était très désintéressé. S'il entreprenait beaucoup, pour tirer de sa plume quelque profit, il était incapable de prolonger quand même un ouvrage qu'il jugeait mauvais. On vient de voir comment il se conduisit avec Mme Riccoboni; il montra toujours la même délicatesse.
A une époque de sa vie, ce désintéressement fut mis à une assez forte épreuve ; il en sortit entièrement à son honneur. Voltaire ne l'aimait pas; non seulement il n'avait jamais pour lui de ces éloges qu'il prodiguait à ceux de ses confrères qui lui étaient sympathiques, mais encore il l'attaquait directement. Professant pour la comédie italienne, acteurs et auteurs, un dédain jaloux que devait exciter jusqu'à la plus complète injustice le succès si mérité de Mme Favart *, il désignait, par une allusion méprisante, dans le Temple du Goût, les « comédies métaphysiques » de Marivaux 3, et le consignait à la porte du temple. Dans la conversation, il était plus explicite encore : « C'est un homme, disait-il, qui passe sa
1. La dernière partie de la Vie de Marianne est de 1744 et la première du Paysan parvenu de 1735. — Le Paysan parvenu avait trouvé a l'étranger le même accueil que la Vie de Marianne. Le Journal littéraire de la Haye en fait le plus grand éloge (t. XX 111, p. '188 et 474); de même aussi une autre gazette de Hollande, la Bibliothèque française ou Histoire littéraire de la France (t. XXXIII, V partie, p. 154 à 165.)