‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 67 sur 360 · Mémoires, livre VI · texte numérisé non relu

Mémoires, livre VI

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Il portait ainsi la peine de sa manière de voir trop personnelle. Ce que Ton prenait pour de l'affectation était chose naturelle; sans effort ni recherche, il avait l'imagination subtile et l'observation rapide; voyant du premier coup ce que les autres ne voyaient qu'après une longue étude ou ne voyaient pas, il étonnait en l'exprimant. Ainsi, sous peine de renoncer à penser, il ne pouvait parier d'autre sorte. Nous le verrons expliquer lui-même son genre d'esprit et s'efforcer de prou verqu'on l'accusait à tort d'être « singulier » de parti pris *. Fontenelle le savait bien : « Il faut, disait-il, passer les expressions singulières à M. de Marivaux ou renoncer à son commerce *. » On s'aperçoit vite aujourd'hui, à étudier de près ses ouvrages, que cette singularité de pensée et d'expression tenait à, sa nature même; on aurait dû s'en apercevoir de même en l'écoutant : « la facilité avec laquelle il parlait de la sorte semblait demander grâce pour ses écrits, parce qu'on pouvait croire, à sa brillante et abondante volubilité, qu'il parlait, en quelque sorte, sa langue maternelle, et qu'il lui aurait été impossible de s'exprimer autrement quand il l'aurait voulu 3. » Beaucoup cependant, comme Marmontel, ne le voyaient pas ou refusaient de le voir, par jalousie, par antipathie naturelle, par différence profonde entre leur propre tournure d'esprit et celle de

i. Voir ci-après, 4° partie, chap. vi.

2. L'abbé Trublet, Mémoires, p. 210 : « Marivaux, ajoute Trublet, crut entrevoir de la raillerie dans ce mot, et y parut sensible. M. de Fontenelle s'en aperçut, et comme il n'avait voulu lui dire qu'une chose obligeante, il ajouta aussitôt en lui adressant la parole : « Marivaux, ne vous pressez pas de vous fâcher quand je parlerai de vous ». Fontenelle disait encore de Marivaux : « Son cœur est excellent, mais son esprit est bien vif. Me permettra-t-il d'ajouter que, quelquefois pas assez défiant, quelquefois aussi il l'est trop? » (/6id., p. 214).

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