‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 68 sur 360 · D'Alembert, p · texte numérisé non relu

D'Alembert, p

Marivaux. Sainte-Beuve l'a remarqué : il y a tout un public, tout un ordre d'esprits, incapables d'aimer Marivaux '. Cela explique la sévérité qu'il a trouvée, malgré tant de qualités aimables, chez beaucoup de ses critiques. C'est nous-mêmes que nous aimons dans autrui et celui qui diffère trop de nous risque fort de nous déplaire. Par là s'expliquent souvent les divergences de la critique sur les mêmes auteurs.

Si l'on blessait assez souvent Marivaux, lui-même blessait rarement ceux qui l'entouraient. Il mettait à respecter leurs faiblesses une attention que sa connaissance parfaite de l'amour-propre rendait sûre et sans oubli. Un contemporain vante chez lui « le soin le plus scrupuleux à éviter tout ce qui pouvait offenser ou déplaire * ». Chose remarquable pour un brillant causeur, il savait écouter et ne laissait jamais « voir une distraction blessante 3 ». Bien plus, chacun le quittait enchanté de soi-même, car son esprit, toujours en travail d'analyse, découvrait chez ses interlocuteurs <( une finesse dont ceux mêmes qui lui parlaient ne se doutaient pas * ». Avec les sots, il pratiquait la méthode de Socrate, mais de manière à leur laisser tout l'honneur de la discussion; ils se trouvaient alors, grâce à l'obligeante manière dont il provoquait leurs réponses, un esprit dont ils étaient émerveillés. Il n'était sévère que pour ceux qu'il jugeait affectés; « plus il croyait être naturel et sans recherche, moins il pardonnait aux autres de ne pas l'être • ». Alors, si l'on en juge par bien des passages de ses études morales, il ne s'interdisait pas le per-

{. Causeries du Lundi, t, IX, p. 372.

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