SES DÉDICACES
et les jouait avec une préférence naturelle, car il s'y reconnaissait *. Cependant, parmi ses comédies, deux seulement sont dédiées à de grands personnages, Tune, la Double Inconstance, à la marquise de Prie, l'autre, la seconde, Surprise de l'Amour, à la duchesse du Maine. Les épîtres dédicatoires qui les précèdent ne sentent en rien le courtisan ni le solliciteur : le ton en est aisé, sans emphase ni platitude. Il disait spirituellement dans une de ses pièces, par la bouche de la Vérité : « Quand j'ouvre un livre et que je vois le nom d'une vertueuse personne à la tête, je m'en réjouis : mais j'en ouvre un autre, il s'adresse à une personne admirable; j'en ouvre cent, j'en ouvre mille, tout est dédié à des prodiges de vertu et de mérite. Et où se tiennent donc tous ces prodiges? Où sont-ils? Comment se fait-il que les personnes vraiment louables soient si rares, et que les épîtres dédicatoires soient si communes *. » Il est vrai que luimême avait antérieurement dédié son Iliade travestie au duc de Noailles, en vers très médiocres de forme et de fond, mais c'est une erreur unique dans sa carrière *.
1. Marivaux était joué notamment à Berny, chez le comte de Clermont, son confrère à l'Académie française à partir de 1754. Dans le répertoire du théâtre de Berny, dressé par M. Jules Cousin, nous trouvons trois pièces de Marivaux, la Femme fidèle, comédie en un acte, inédite, en prose (il sera question de cette pièce ci-après, 2* partie, chap. v), le Legs, et les Serments indiscrets. Voir J. Cousin, le Comte de Clermont, t. II, p. 37 à 56.