‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 75 sur 360 · MARIVAUX ET HELVÉTIUS · texte numérisé non relu

MARIVAUX ET HELVÉTIUS

L'homme de toutes les contradictions, Helvétius, fermier général honnête homme, philosophe partageant sa vie entre l'étude d'une doctrine desséchante et la pratique de la charité S avait réussi non sans peine à lui faire accepter quelque argent. Un soir qu'il exagérait encore ses théories habituelles, Marivaux perd patience et se met à le réfuter avec chaleur; enfin, de colère, il quitte la partie : « Ah! dit Helvétius, comme je lui aurais répondu, si je ne lui avais pas eu l'obligation d'avoir bien voulu accepter mes bienfaits ! » Parole charmante, qui honore également les deux amis : Helvétius considérait ses bienfaits comme n'enchaînant que sa propre indépendance; quant à Marivaux, il estimait assez son bienfaiteur « pour ne pas se croire tenu envers lui à plus de ménagements que s'il n'avait pas été son obligé ' ». Il trouvait la même délicatesse et la même attention pour ses besoins chez deux amies excellentes, qui, chacune à sa manière, savaient lui être utiles, Mme Lallemant de Bez et Mme de Tencin. Mme Lallemant de Bez, femme d'un fermier général ami des lettres, se chargeait de distraire Marivaux et de le

durables : on n'a, pour s'en convaincre, qu'à parcourir les Mémoires de l'abbé Trublet, et Ton y relèvera de nombreux traits de bienfaisance, de fidélité, d'affection désintéressée. Ce qui est vrai, c'est qu'en raison de sa prudence et de son scepticisme, dans les relations habituelles, il s'en tenait, comme dit Chamfort (Correspondance, 20 août 1765), « à un sentiment de bienveillance proportionné au mérite de chacun ». E. Bersot (Études sur le xvine siècle, 1. 1, p. 242 et suiv.) défend à ce point de vue Fontenelle d'une manière spirituelle et probante.

1. « Helvétius avait l'âme tout le contraire de ce qu'il a dit. Il n'y avait pas un meilleur homme : libéral, généreux sans faste, et bienfaisant parce qu'il était bon, il imagina de calomnier tous les gens de bien et lui-même, pour ne donner aux actions morales d'autre mobile que l'intérêt. » (Marmontel, Mémoires, livre VI.)

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