‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents; (volume 3)Chapitre 94 sur 360 · MARIVAUX ET J.-J. ROUSSEAU · texte numérisé non relu

MARIVAUX ET J.-J. ROUSSEAU

réunis pour une œuvre commune les deux esprits les plus opposés peut-être de tout le xviii0 .siècle. Collé ' nous apprend quelle opinion Marivaux avait gardée de son collaborateur : « 11 l'avait vu l'homme du monde le plus simple, le plus uni et le moins enthousiaste ». Jean-Jacques, en effet, commença par la naïveté et la confiance; plus tard, aigri et soupçonneux, il ne put trouver chez Marivaux prétexte à sa misanthropie : c'est avec Fontenelle et Mably, un des seuls hommes de lettres qu'il ait continué à voir lorsqu'il commença à trouver insupportables les relations du monde s.

Pour prix de ses bienfaits, il ne récoltait souvent que l'ingratitude, car « personne n'était plus aisé k tromper 3 », mais il ne s'en étonnait pas. Il estimait qu'en matière de bienfaisance, il faut se résigner à bien des déceptions; il plaignait les ingrats plus encore qu'il ne les blâmait :

N'en doutez pas, écrivait-il à un ami, Dieu récompense toujours les bons cœurs ; à la vérité ce n'est pas toujours par ceux que les bons cœurs ont obligés. Il y a des ingrats de qui vous ne tirez rien, meus en revanche il y a de belles âmes qui vous payent pour eux, et qui regardent comme un service tout rendu la seule envie que vous auriez de leur en rendre; ainsi vous ne perdez rien, ainsi les ingrats sont punis parce qu'ils vous perdent, pendant qu'il vous reste sur eux l'avantage de les connaître et de les laisser honteux du tort qu'ils ont avec vous : car ils ont beau faire, mon ami, leur conscience ne saurait être ingrate, tout s'y

du valet Frontin et de la soubrette Marton, dans quelques réflexions qui sont du pur Marivaux — du bon, comme celle-ci : « Il a trop de dépit pour n'avoir plus d'amour » (scène îx); du mauvais, comme cette autre : « La beauté se plaît à parer des visages qui ne tirent leur fierté que d'elle » (scène m).

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