‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 10 sur 346 · LA REPUTATION DE MARIVAUX · texte numérisé non relu

LA REPUTATION DE MARIVAUX

avait beau ne donner qu'une idée fausse du genre et du talent de Marivaux; c'était une opinion toute faite, commode par conséquent et acceptée comme un proverbe ^

Cette manière d'apprécier Marivaux est une véritable injustice. On voit surtout eu lui le peintre aimable de la coquetterie féminine, le gracieux inventeur d'un genre dangereux : il est plus et mieux que cela. Il y a dans son œuvre bien des parties sérieuses à peine soupçonnées -, et, tandis que l'on caractérise surtout son talent en résumant d'un mot les défauts qui le déparent, ces défauts sont en réalité peu de chose en comparaison des qualités. Pour qui les étudie de plus près, l'auteur dramatique et le romancier gagnent vite à ce commerce, et un moraliste se laisse voir, dont il n'est jamais question et qui mériterait d'être remis en lumière ". Il ne s'agit pas de tenter, au sujet de Marivaux, une sorte de réhabilitation; du moins n'est-il pas sans intérêt de revenir

1. Il est difficile de préciser exactement l'époque où ce mot fut imprimé pour la première fois; contemporain de Marivaux, il n'est pas dans d'Alembert. La Harpe est sans doute un des premiers qui l'aient employé dans un ouvrage de critique sérieuse : « Marivaux, dit-il [loco cit.), se fit un style si particulier qu'il a eu l'honneur de lui donner son nom : on l'appela marivaudage, •• etc.

2. Avec Sainte-Beuve, Marc-Monnier est un des premiers historiens de la littérature qui aient signalé le côté sérieux de Marivaux. Il dit expressément : « Cet auteur musqué fut peut-être un des hommes les plus pensifs et les plus sérieux de France. Il appliqua l'extraordinaire sagacité de son esprit, non seulement aux Jeux de Vamour et du hasard, mais aux cjuestions les plus graves du siècle, et il osa les traiter avec une audace que d'autres, qui passent pour vaillants, ne montrèrent certes pas.... Je le répète, non sans m'en étonner un peu moi-même, il fut un des écrivains les plus sérieux de son siècle. >> {J.es A'ieu.r de Ficjaro, 1868, XI, Marivaux, p. 2o7 et 2G1.)

3. Vinet constatait cependant au passage que ■< Marivaux est un moraliste délicat et un observateur d'une grande finesse. » {Op. cit., t. I, p. 254.)

sur ses titres, de les eNaminer en détail, d'accorder quelque attention aux parties les moins connues de son œuvre, de dégager de cette étude une opinion mieux motivée et surtout de définir en l'expliquant cette originalité singulière, qu'il a payée très cher, mais qui vaut tout son prix.

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