VII. Fantaisie. — Les Acteurs de bonne foi
VIII. Drames bourgeois. — La Mère confidente. In Femme fidèle.
Il va de soi (juc cette classification ne saurait être ([u'approximalivc. On peut en voir une assez dilTéreiite dans l'ouvrage de M. J. Fleury, Marivaux et le marivaudage, p. (il à 63.
1. Sauf Turcaret (14 février 170'J), on ne trouve pas dans les catalogues dranuiticpies une seule pièce dont le souvenir soit venu jusqu'à nous; il n'y a guère, signées de noms connus, que la Joueuse de Dufresny (22 octolire 1709), les Agioteurs de Dancourt (20 septembre 1710), le Curieux impertinent (17 nonovembre 1710), l'Ingrat (28 Janvier 1712), l'Irrésolu (15 janvier 1713), le Médisant (23 février 1715), la Fausse Veuve (20 juillet 1715), et l'Obstacle imprévu (IS octobn; 1717) de l)(>sl()Uches, et le Dédit de Dufresny (12 mai 1719).
De ces trois aiuteurs comitiues, il n'y en a guère qu'iui, Destoiichcs, qui puisse être mis en parallèle avec Marivaux. Dan-
SON ORIGINALITÉ. Ibo
refont, en les affaiblissant, des comédies déjà faites; aucun d'eux ne se sent la force ou le courage d'être original. Molière semble avoir tari la veine comique et condamné ses successeurs à l'impuissance.
Avec Marivaux, la comédie entre dans une période nouvelle. Il ne se rattachait directement à aucun de ses devanciers. Très désireux de ne pas les imiter, même les plus illustres ', il prétendait ne relever
court lui ressemble aussi peu que possible, et, quant àDufresny, les contemporains de Marivaux lui faisaient trop d'honneur en le comparant volontiers à Marivaux.
Pour Destouches, Villemain, sans le mettre expressément au-dessus de Marivaux, lui donne une place plus considérable dans son Tableau de lu Littérature française au xviiio siècle (douzième leçon). Cependant, que reste-t-il de Destouches ? Un chef-d'œuvre du répertoire du second ordre, le Glorieux, et une pièce simplement amusante, la Fausse Agnès, que l'on ne reprend plus guère ni l'une ni l'autre. Le grand défaut de Destouches, est de manfjuer du don théâtral, de n'imaginer, sauf une fois et par une bonne fortune qu'il ne retrouva plus, que des caractères invraisemblables et des situations forcées. 11 en a un aussi grave, relevé avec beaucoup de justesse par M. Fr. Sarcey : c'est de ne faire le plus souvent, comme la plupart de ses contemporains, au lieu de comédies, que « des épîtres morales, coupées en forme de dialogue et écrites du ton de la satire », de soutenir au théâtre « des thèses du genre de celles qu'Horace, Pope, Boileau et Voltaire ont développées en vers prudents et spirituels. >- (Le Temps, G février 1882.) On fait un mérite à Destouches d'avoir introduit dans la comédie l'élément sérieux et d'avoir ainsi préparé les voies à La Chaussée et Diderot; mais, ce mérite, Marivaux l'a eu aussi, et sa AJère confidente (voir ci-après, chap. v) est très supérieure au Philosophe marie'. On le loue encore d'avoir facilité le renouvellement de la comédie, en renonçant à l'imitation de Molière et de Uegnard. Mais, ici, il faut distinguer : la plus grande partie des pièces de Destouches est dans la tradition de Molière; les autres, comédies de mœurs ou de caractères, sont coulées dans le vieux moule et n'innovent rien. Ce n'est qu'avec le Philosophe înarié (1727j et le Glorieux (1732), que, désespérant d'atteindre à la philosophie de Molière et la gaieté de Regnard, il essaye de crée un genre nouveau, et alors il tombe plus que jamais dans le défaut signalé par M. Sarcey. A ce moment, Marivaux a trouvé sa voie.
1. Telle était du moins son intention; en réalité il n'a pu se
que (le lui-même. C'est à tort qu'on a voulu faire de lui, pour la comédie comme pour tout le reste, un disciple de Fontenelle et de La Motte. S'il avait tenu, en débutant, à se mettre sous leur patronage, il ne se proposait nullement de les prendre comme modèles. Tout au plus se rapproche-t-il d'eux par une communauté de doctrines critiques, par un même tour d'esprit fin, curieux et observateur; mais rien de plus différent que son talent et celui de ses deux amis, comparés dans l'ensemble de leur œuvre et non pas seulement dans quelques détails communs. Au théâtre, Fontenelle, le génie le moins dramatique qui fut jamais, quoique neveu du grand Corneille, ne s'éleva jamais au-dessus du médiocre. Veut-on que ses tragédies d'Aspar^ de Bellérophn)) ou de BniUis aient servi de modèle à An7iibal'? Il écrivit encore, outre la pastorale héroïque d'Fndymion, oubliée en naissant, quelques opéras, comme Psyché^ Lavinle^ Thrtls et Pvlée., qui ont leur mérite d'intérêt et même de versification, tandis que Marivaux dut une partie de son succès à des féeries et à des comédies mythologiques. Mais les
garder complèlcment des réminiscences de détail. Nous avons déjà vu que Molière était imité dans plusieurs scènes du Père prudent et équitable; Racine l'est aussi, et très faiblement, au moins à quatre reprises, dans Annibnl. La scène vu, acte III, des Serments indiscrets, entre Damis et Lucile, est une pâle copie de la fameuse scène du second acte de Tartufe entre Marianne et Valèrc. L'Héritier de Villarjc rappelle à chaque instant Georç/es Dandin et le Bourgeois gentilhomme. L'Kcole des Mères s'inspire évidemment de llicole des Femmes. Uegnard pourrait réclamer comme sienne l'invention de la scène viii, acte II, de la seconde Surprise de V Amour et de la scène vu (lu Dénouement imprévu, qui viennent, la première du Joueur (acte IV, scène x), la seconde des Folies amoureuses (acte II, cène vi). La scène vu tVArler/uin poli par Ihunour rappelle une fable de La Fontaine, Tircis et Amarante (liv. VllI, fable vin). Les souvenirs de Turcaret sont assez nomiireux dans le Triomphe de Plulus, etc.
MARIVAUX ET FOXTENELLE. 157
scénarios de Fonlenellc, sans originalilé, coulés dans le moule uniforme du genre, destinés surtout à servir l'inspiration du musicien, ne sauraient être comparés aux fantaisies de Marivaux, neuves, personnelles, vivant de leur vie propre et ne demandant à la musique d'autres secours que quelques airs pour les divertissements qui les terminaient. Enfin, les Poésies pastorales de Fontenelle, les plus faux exemplaires, sans contredit, d'un genre déjà faux au temps de Virgile, badinages de salon dans un cadre champêtre, n'ont aucun rapport avec les paysanneries de Marivaux, d'une observation souvent prise sur le vif. Môme différence pour le caractère propre des deux auteurs. Fontenelle aime les demi-mots et les sous-entendus, et ne dit jamais que la moitié de sa pensée; Marivaux développe la sienne jusqu'au bout et en tire souvent plus qu'elle ne contient. Fontenelle affecte la familiarité dans l'expression des pensées les plus hautes et l'exposition des théories scientifiques les plus grandioses; Marivaux dit avec recherche les choses les plus simples et analyse les sentiments les moins compliqués dans un langage que l'on accuse d'être toute une science. Fontenelle vise à la simplicité, même lorsqu'il est prétentieux et singulier; Marivaux est fin, même lorsqu'il veut être simple. Le style de Fontenelle est toujours soigné, et môme recherché; Marivaux semble écrire au courant de la plume. Fontenelle enfin ne s'échauffe jamais et ne connaît pas l'enthousiasme, Marivaux est sensible et rencontre l'éloquence par la force de l'émotion -.