MARIVAUX ET LA MOTTE
inquiète, se fait un principe de n'attaquer personne, laisse passer sans se défendre les agressions dont il est Tobjet, et cependant, à toutes ses tentatives, semble en butte à des haines impitoyables, qui ne perdent aucune occasion de s'affirmer; tandis que La Motte, après une existence de luttes, ne trouve enfin que des amis et désarme sans effort les adversaires les plus acharnés '.
Marivaux renonça donc volontairement aux avantages que limitation peut donner à un jeune auteur : la facilité des débuts, la certitude d'être soutenu dans les premières tentatives, toujours si difficiles, l'appui intéressé des auteurs à la mode, qui protègent volontiers les jeunes gens, tant qu'ils peuvent voir en eux des disciples et non des rivaux. Il préférait, disait-il, " être humblement assis sur le dernier banc dans la petite troupe des auteurs originaux, qu'orgueilleusement placé à la première ligne dans le nombreux bétail des singes littéraires - ». Le point de vue auquel il se place pour étudier à son tour le cœur humain, la manière dont il représente les mœurs de son temps, le cadre de ses tableaux, son style, tout lui appartient par droit de création.
Il semble cependant qu'après Molière et Regnard
1. Fontenelle était le premier à protester contre cette prétendue imitation de lui-même. De même La Motte. Nous avons à ce sujet le témoignage très bien informé de l'abbé Trublet : « On a mis M. de Marivaux... au nombre des imitateurs de M. de Fontenelle. Je suis Ijien éloigné de penser ainsi, et M. de Fontenelle lui-même ne le pensait pas. Il regardait M. de Marivaux non seulement comme un homme de beaucoup d'esprit, mais comme un esprit original, un homme de génie; comme celui de tous nos bons écrivains peut-être dont le caractère et la manière de penser et d'écrire sont le plus à lui, et lui appartiennent le plus en propre; et, en conséquence, il était, avec M. de La Motte, un de ses plus grands admirateurs. {Mémoires. p. 210.)