‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 121 sur 346 · Acte III, se. vm · texte numérisé non relu

Acte III, se. vm

3. Les Sincôres, se. xxi. Voir sur le notaire classique au théâtre, un charmant passage de Maurice Sand (Masques et Bouffons, t. II, p. 332 à 337).

nent, on effet, à un monde où il serait de mauvais goût de sentir trop vivement. Même lorsqu'ils sont émus, — autant que le permet la modération d'idées dont ils font profession, — il n'est pas à craindre qu'ils parlent sans détour et mettent leur cœur à nu. Ils échangent leurs pensées sans que leur voix s'échauffe, sans que leur parole cesse d'être calme et mesurée. Aussi le spectateur doit-il faire comme eux, comprendre à demi-mot, interpréter telle expression insignifiante en apparence, deviner la valeur d'un sourire ou d'un regard. Il a devant lui des raffinés ; il doit être un peu raffiné lui-même pour goûter ce manège plein de finesse et ce langage plein de sous-entendus. Certes, Marivaux est bien différent en cela de Molière et de la plupart des grands comiques, qui, depuis Aristophane, ont imprimé leur marque à l'art dramatique. Ceux-là, chacun les comprend et les suit sans effort; avec eux, les esprits cultivés poussent plus loin que le vulgaire, mais tous applaudissent du même cœur. Ces comiques, en effet, sont humains, au plus large sens du mot, et tous les hommes peuvent s'y plaire; les uns analysent leur plaisir en lettrés, les autres se contentent de sentir sans raffiner leur sensation, et se laissent, comme dit Molière, prendre aux entrailles. Marivaux n'est pas de ces génies accessibles à tous, une élite seule peut le comprendre; c'est là son charme, c'est aussi son infériorité. Pourtant, lui aussi a ses ancêtres, ainsi Ménandrc et Térence, génies délicats et subtils, qui, derrière les types généraux et les sentiments universels, savaient distinguer les êtres d'exce])tion et comme les nuances de ITime. Ils n'ont pas, comme les autres, IdiiI le luildic pour eux, mais ceux (|ui les préfèrent les aiment d"un amour singulier, où, peut-être, ces fervents sont trop portés à voir une

Page 1