‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 120 sur 346 · L ACTION ET LES CARACTERES · texte numérisé non relu

L ACTION ET LES CARACTERES

que les autres auteurs emploient si volontiers et qu'ils varient à l'infini, sont chez lui d'une simplicité élémentaire. On voit qu'il n'y attache pas d'importance et qu'il les emploie sans grand souci de les rendre vraisemblables. Ainsi, dans V Ecole dos Mères, M. Damis, barbon d'âge respectable, a besoin de surprendre un secret; il s'affuble d'un domino et d'un masque, et son propre fds s'empresse, comme il est nécessaire, de le prendre pour une ingénue ^ Dans la Mère confidente, Mme Argante veut se donner pour la tante de sa fdle, et faire parler sa propre suivante, la rusée Lisette, qui la sert depuis longtemps; elle se contente, pour cela, de rabattre sa coiffe en disant : « Lisette ne me reconnaîtra pas sous cet ha])il. » Et en effet, Lisette se garde bien de la reconnaître -. Est-il besoin d'un notaire, du notaire classique, Marivaux ne s'inquiète guère de préparer son arrivée et d'expliquer son intervention; on n'a qu'à l'appeler, il est tout près, sous la main, dans un cabinet, venu « pour autre chose » et occupé à « ranger des papiers ' ».

De ce genre d'action dérive la nature des caractères. Moins en relief, mais plus curieusement fouillés, ils se laissent deviner peu à peu, au lieu de s'accuser avec force dès le début. Les personnages appartien-

tranquille.... Il va au but marqué, lentement, mais par la droite ligne. Ce but, il le montre d'avance, et il le montre presque à la portée de la main. Mais il sait que le chemin de l'amour est semé d'une foule de petits obstacles, chicanes de la vanité, du préjugé, de la timidité, que sais-je? par-dessus lesquels il faut sauter, hop, hop! et la pièce reprend, jusqu'à la prochaine barrière, son allure bénigne. » (Le Temps, 4 avril 1881.)

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