Na7nouna, chant II, 23 à
profonde, plus sincère aussi, malgré ses exagérations déclamatoires. Or, dans le passage dont il s'agit, et dans plusieurs autres de son théâtre, Marivaux devance cette expression : son Lélio est à la fois, comme tant de fils du romantisme, ironique et ému, railleur et passionné, chérissant sa souffrance et puisant en elle une nouvelle force pour aimer et soullVir encore.
Après Lélio, voici le marquis du A'Y/s, timide, presque rougissant, qui ose à peine s'avouer son amour à lui-même, et qui, jeune homme à l'époque de la Régence, tremble devant une déclaration. S'attendrait-on à trouver ainsi, toutes différences gardées, l'amour de Daphnis chez un marquis de Marivaux ^?
Après l'amour timide, l'amour audacieux, qui s'attaque au plus fort de tous les anciens préjugés, celui de la naissance, et donne au roturier Dorante assez de hardiesse pour demander et obtenir, (( par droit de conquête », la main de la noble et lière Angélicjue -. Amour moderne, comme celui de Lélio, bien que tout différent.
Marivaux en offre un plus moderne encore, celui de l'intendant d'Araminle, bien né, mais pauvre, de cniidilion trî'S subalterne, mais de sentiments su])é-
i. Les crilitjufs d\i xviii" sit'clc l'aisaienl, selon Cailliava, au marc|uis du Legs une crili(|uc l)ien cherchée. Ils lui rcprocliaienl d'avoir « vingt ans de trop », sous prélcxle « que la timidité n'est ordinairement que le partage des jeunes gens, qui, peu instruits des usages du monde, craignent de déplaire à une femme en lui disant qu'ils l'aiment; ou des vieillards, qui, assez raisonnables pour conqirendre que l'amour est un sentimeiU ridicule, n'osent pas l'avouer. » {L'Art de la^Come'die, t. 1, p. 1)1.) Cailhava réfute ce reproche par d'assez bons arguments, quoique délayés et pédantcstjues. On peut dire simplement (|ue la limidilé, surtout en malière amoureuse, se rencontre ii tout âge.