‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 129 sur 346 · LES AMOUREUX · texte numérisé non relu

LES AMOUREUX

rieurs à son état, qui mérite, par une gradation rapide, la bienveillance, l'estime, Tintérét, Famour, non pas d'une romanesque et iîère jeune fille, mais d'une aimable et nonchalante veuve cfui lui donne son cœur et sa main, après n'avoir voulu lui confier que ses intérêts *.

1. Les Fausses Confidences. — C'est une comparaison souvent reprise que celle du Roman cVun jeune homme pauvre d'Octave Feuillet, et des Fausses Confidences. « M. Octave Feuillet, dit M. Fr. Sarcey, a récrit (le roman des Fausses Confidences) et lui a donné je ne sais quoi de plus sombre. Son jeune homme pauvre est fier, cassant et tombe parfois dans le mélodrame; sa jeune fille riche est agitée et nerveuse; leurs débats sont souvent violents et tristes. Le roman des Fausses Confidences est joué au contraire dans le pays lumineux des songes, et Dorante et Araminte charmeront encore les générations futures quand déjà il ne sera plus parlé du Maxime Odiot de M. Feuillet et de sa Marguerite Laroque. » {Le Temps, 4 avril 1881.) C'est trop sévère, à mon avis. Il est certain qu'Araminte est plus aimable que Marguerite. Mais à qui la faute? Marivaux représente une jeune veuve de 1736, Parisienne indulgente, d'humeur douce, polie par le monde, et Octave Feuillet une jeune fille de 1838, Bretonne fière, défiante, aigrie par le triste milieu où elle vit : chacun d'eux est dans la vérité de son temps. Voir un très juste parallèle de deux œuvres dans la réponse de Vitet au discours de réception d'Octave Feuillet à l'Académie française (26 mars 1863).

Malgré le charme des Fausses Confidences, il y a un côté déplaisant dans le caractère de Dorante et quelque chose de pénible dans le rôle qu'on fait jouer à Araminte. Je reviendrai tout à l'heure (p. 206) sur ce dernier point de vue; quant à Dorante, M. Henri de Bornier fait justement remarquer combien est, au fond, peu sympathique « ce rôle d'un homme qui met au service de l'amour une sorte de friponnerie. >> {Nouvelle Revue, 15 mars 1881.) Le Maxime Odiot d'Octave Feuillet est, au contraire, parfaitement loyal : ■< Votre Dorante à vous, disait Vitet, n'est pas amoureux d'Araminte : il ne la connaît pas; cet emploi au-dessous de son rang n'est pas un subterfuge pour conquérir son cœur; il ne l'accepte que par détresse; et la passion qu'il inspire, il ne commence à la comprendre et ne lit dans son propre cœur que lorsqu'il a déjà cessé d'en être maître ». — Hippolyte Lucas rapproche la pièce de Marivaux d'une comédie de Lope de Vega, le Chien du Jardinier {Histoire du théâtre français, t. I, p. 335.) Cette ressemblance,

Ces types (rainoureux sont très sympathiques; d'autres dans Marivaux le sont moins; ceux mêmes que je viens de citer ne le sont pas tous au même degré. Le grand défaut des plus aimables, c'est qu'ils ont moins de sentiment que de raison, moins de coeur que d'esprit. L'excès de l'analyse dessèche la source des émotions généreuses; aussi, la crainte continuelle d'être dupes les entretient dans un état de réserve obstinée, de méliance incurable; ils se sont retranché le meilleur de la nature humaine, l'élan spontané, le premier mouvement qui ne calcule pas. De plus, à force de tout considérer en souriant, ils ne prennent plus rien au sérieux ; ils raillent les autres et euxmêmes, ils médisent même de l'amour, qui est pourtant la grande occupation de leur vie. Enfin, ils ont tous quelque chose d'affecté, leur éternel sourire agace; on voudrait les voir tristes d'une vraie tristesse; on leur voudrait en un mot plus de naturel et d'abandon.

Tel est, à divers degrés, le défaut essentiel des types d'amoureux chez Marivaux. Chez quelquesuns, il est à peine sensible; on le devine plus qu'on ne le voit; chez d'autres, copies trop vraies des jeunes gens à la mode, il s'étale et gâte tout le personnage. Lucidor, de l'Eprouve, nous irrite par sa longue méfiance; le petit-maître Rosinu)nd. par ses airs évaporés et celte manie de persiflage qu'un dénouement où il joue un assez sot personnage ne corrigera pas pour longtemps '; le Prince, de la Dis-

asscz lointaine, me semble purement fortuite. Il est peu luobable que Marivaux eonnùt l'espagnol et Lope de Vef,M ne tut traduit en notre langue qu'en 1S22, par La Beaumelle. le fils. 1. Le l'i'lit-Mailre corrigé. — A vrai dire, c'est moins la faute de .Marivaux que de son sujet : il voulait peindre les naïfs qui alTectent des airs de scélératesse; et il y a parfaitement réussi.

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