La seconde Surprise d'J LWmour, acte II, se. vi
Toute jeune et toute aimable que je suis, je n'en aurais pas pour six mois, et mon visage serait mis au rebut! De dix-huit ans qu'il a, il sauterait tout d'un coup à cinquante? Non pas, s'il vous plaît; ce serait un meurtre; il ne vieillira qu'avec le temps, et n'enlaidira qu'à force de durer; je veux qu'il n'appartienne qu'à moi, que personne n'ait à voir ce que j'en ferai, qu'il ne relève que de moi seule. Si j'étais mariée, ce ne sérail plus mon visage; il serait à mon mari qui le laisserait là, à qui il ne plairait pas, et qui lui défendrait de plaire à d'autres; j'aimerais autant n'en point avoir.... Se range (jui voudra sous la loi du mariage ' !
Être aimées, voilà donc le but de leur vie. Or, l'amour consiste pour elles dans les hommages sans cesse renouvelés qu'il leur procure : « Être aimée d'un homme, c'est être l'objet de toutes ses complaisances, c'est régner sur lui, disposer de son âme; c'est voir sa vie consacrée à vos désirs, à vos caprices; c'est passer la vôtre dans la flatteuse conviction de vos charmes, c'est voir sans cesse qu'on est aimable. Ah! que cela est doux à voir, le charmant point de vue pour une femme ^ ! » Aussi pour ne jamais changer de point de vue, se piquent-elles peu de fidélité; accusées d'inconstance, elles ont un raisonnement très simple pour se justifier : « Lorsque je l'ai aimé, c'était un amour qui m'était venu; à cette heure, je ne l'aime plus; c'est un amour qui s'en est allé; il est venu sans mon avis, il s'en retourne de même; je ne crois pas être blâmable ^ » En vérité, que répondre