‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 146 sur 346 · M. J. Reinach {la Réforme, 1" février 1881, p. 408) et · texte numérisé non relu

M. J. Reinach {la Réforme, 1" février 1881, p. 408) et

•21G l"autei"R dramatique.

Sans doute Trivelin n'est qu'une esquisse légère, tandis que Figaro est un portrait criant de couleur et de vie. Mais l'idée-mère du personnage est pour beaucoup dans sa fortune. Marivaux n'a pas mis dans Trivelin ce qui fait de Figaro un type si neuf et si redoutable : le sentiment de la justice, dans une société fondée sur les abus, le mépris du grand seigneur, une éloquence enflammée; en revanche, Trivelin n'a pas le temps de se gâter comme Figaro, qui, sous les fameux marronniers où il croit attendre le sort de Sganarelle, tourne au « clubiste ' », et se décerne les honneurs d'une apothéose qui fait sourire. Lépine est un « (îascon froid ^ », pièce rare, mais d'autant plus plaisante. A la suffisance de sa race, il joint le flegme imperturbable qu'elle donne quelquefois : « Le marquis votre maître vous estime, » lui dit Hortense : « Extrêmement, Madame, répond Lé'pine, il me connaît ^ » Ou bien : « Il vous a semblé que j'étais un serviteur excellent, Madame; ce sont les termes mômes de la louange dont votre justice m'a gratifié \ » Avec cela, un génie d'intrigue qui vient à bout de tout, notamment de marier son timide maître à la comtesse et de se marier lui-même

>I. J. Fleury {Marivaux et In Marivaudarje, ch. ix, p. 73) voient aussi dans la tirade de Ugaro une imitation directe de celle de Trivelin.

1. Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, t. VI, p. 223. — Beaucoup (le valets et même de soubrettes, chez Marivaux, accusent déjà ce vif sentiment des inégalités sociales injustifiées et des privilèges exorbitants attachés à la naissance et au nom, qui est une part de l'esprit " philosophique ». Voir, ji ce sujet, Edmond lloljert, les Domestiques, éludes de mœurs et d'histoire, cliap. III, p. 88, et de Lescure, Hloi/e de Marivaux, p. 86. Dans plusieurs pièces,cette tendance philosopliique peut être regardée comme l'inspiration domiiiaiitt^; voir ci-après, ciiap. iv.

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