‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 154 sur 346 · ROLES SECONDAIRES · texte numérisé non relu

ROLES SECONDAIRES

provoquer. L'enfant a besoin non seulement de protection et de soins matériels, mais encore d'affection toujours en éveil. Ce rôle d'amour, les mères y manquaient du temps de Marivaux, au moins dans les hautes classes ', et le philosophe qui se cachait en lui sous l'auteur dramatique, censurait à sa manière ce défaut contre nature.

J'aurai terminé cette revue des caractères dans le théâtre de Marivaux, en signalant encore quelques rôles épisodiques. Les uns sont purement comiques, et, en accentuant le ridicule, en relevant de vivacité cette « raillerie entre deux sourires ' » que ne dépasse guère Marivaux, reposent du manège des amoureux. Traités avec une amusante fantaisie, ils forment une galerie vivante et variée. De ce nombre est le chevalier gascon de l'Heureux Stratagème^ dont l'imperturbable assurance ne se dément jamais : « Cette dame est-elle prévenue en ta faveur? » lui demande Dorante. — « De faveur, je m'en passe, répond le chevalier; elle me rend justice. » — « C'est-à-dire que tu lui plais? » — « Dis que je l'aime, tout est dit; épargne ma modestie. » Et pour récompenser Dorante de vouloir bien être son confident, il lui jure une amitié éternelle : « Je me donne à toi pour un siècle. Cela passé, nous renouvellerons bail ^. » De ce nombre aussi est le pédant Hortensius, type consacré dans notre ancien théâtre et dont Marivaux a fait un usage excellent. Par une idée renouvelée peut-être de Regnard, et néanmoins fort originale *, il amène,

1. De Concourt, la Femme au xviii" siècle, chap. i, p. 16. H. Taine, les Origines de la France contemporaine, t. I, p. 174 et suiv.

2. Jules Janin, Œuvres diverses, Ciitiquc dramatique, t. I, p. 174.

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