LAMOUR SOUS LA RÉGENCE
de prendre ses moyens dramatiques dans la peinture directe de cette corruption : on a vu comment, peu soucieux d'une vérité répugnante, il épurait l'amour de son temps '. Il attaque le dérèglement des mœurs, sous le couvert d'une allégorie de conception un peu froide, attachante cependant par l'esprit elle piquant des détails.
Une censure plus directe eût certes mieux valu; puisqu'il voulait flétrir les mœurs contemporaines, il fallait les mettre franchement en scène. Était-il l'homme d'une pareille entreprise? La réponse n'est pas douteuse, pour qui connaît bien des passages de ses œuvres où la vigueur ne manque pas. Il ne l'a point fait. Peintre indulgent, il ne voulut pas montrer à ses modèles des images trop sévères; il fut moraliste avec discrétion; il plaida même les circonstances atténuantes du relâchement des mœurs, et ne conclut pas à une réforme radicale, à un retour impossible vers l'ancienne galanterie, trop respectueuse et façonnière, fade pour des blasés. Il se contenta, en signalant le mal, d'indiquer un remède facile et engageant : une alliance entre l'amour ancien et l'amour nouveau -.
L'Amour, dieu de la tendresse, et Cupidon, dieu de la volupté, sont en présence et se querellent, l'Amour avec sa politesse habituelle, Cupidon avec une effronterie railleuse : « Vous ne devez ma retraite, dit