‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 166 sur 346 · Ci-dessus, p. 166 et suiv · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p. 166 et suiv

2. La première tentative de Marivaux au théâtre, l'Amour et la Vérité, était aussi une satire de l'amour de son temps; seulement, dans cette première pièce, qui précédait de onze ans la Réunion des Amours, l'Amour délicat et tendre est représenté '< avec un air libertin et cavalier répandu sur ses habits et sur sa physionomie même, » déguisement sous lequel il essaye de faire concurrence à Cupidon. Voir ci-dessus, p. 33 et suiv.

238 l'autelr dramatique.

rAmour, quà rindignation qui m'a saisi quand j"ai vu les hommes capables de vous souflFrir. — C"està-dire, répond Cupidon, que vous n'avez fui que parce que vous étiez glorieux, et vous êtes un héros fuyard. » Pour lui, il explique tout autrement sa victoire, dans un parallèle entre lui-même et son rival :

De votre temps, les amants n'étaient que des benêts; ils ne savaient que languir, que faire des hélas ! et conter leurs peines aux échos d'alentour. Oh ! parbleu ! ce n'est plus de même. J'ai supprimé les échos, moi. Je blesse. Ah! vite au remède. On va droit à la cause du mal. Allons, dit-on, je vous aime : voyez ce que vous pouvez faire pour moi ; car le temps est cher, il faut expédier les hommes. Mes sujets ne disent point, je me meurs! il n'y a rien de si vivant qu'eux. Langueurs, timidité, doux martyr, il n'en est plus question : fadeur, platitude du temps passé que tout cela. Vous ne faisiez que des sots, que des imbéciles; moi je ne fais que des gens de courage. Je ne les endors pas, je les éveille : ils sont si vifs, qu'ils n'ont pas le loisir d'être tendres; leurs regards sont des désii's; au lieu de soupirer, ils attaquent; ils ne demandent point d'amour, Us le supposent. Ils ne disent point, faitesmoi grâce, ils la prennent; ils ont du respect, mais ils le perdent, et voilà ce qu'il faut '.

La querelle entre les doux divinités doit se vider au tribunal de Minerve; Cu])idon s'y rend, un peu in([uiet au fond, mais encouragé par Plutus, son allié naturel : « Va, va, nuju ami, laisso-lc venir, ce dieu de la tendresse ; quand on le rétablirait, il ne ferait pas grande besogne; on n'est plus dans le goiH de l'amoureux martyre; on ne l'a retenu ([ue dans les chansons. Le métier de cruelle est tombé ; ne t'embarrasse pas de ton rival, je ne veux que de l'or pour le l)attre, moi '-! » Mais l'Amour, admis à plaider sa

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